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"La lenteur règne. La décontraction en vigueur apaise le visiteur ou taquine sa capacité de résistance à l'irritation, selon l'humeur. Dans la rue, on salue l'I-Matang d'un mauri spontané, le sourire coule de source et le rire s'enclenche facilement. Il arrive qu'on me remercie quand je prends quelqu'un en photo. En usant de généralités, on pourra affirmer qu'on rencontre aux Kiribati les gens les plus serviables et les moins efficaces du monde. On acceptera toujours de vous aider et on y parviendra rarement Tout est facile, rien ne marche. C'est le charme et le drame de cette contrée".

Les îles Kiribati (anciennement îles Gilbert) sont bien loin de nous, quelque part en Océanie. Leur particularité est de se trouver aux premières loges du réchauffement climatique. Les habitants n'ont pas besoin de se demander si le changement de climat est un fantasme ou une réalité, ils le visualisent tous les jours.

L'existence ds i-kiribati est une lutte constante contre la montée des eaux, qui envahissent régulièrement leurs rues, démolissent les cabanes et détruisent les digues dérisoires. L'auteur a voulu aller voir par lui-même comment vit une population qui sera peut-être la première à devoir quitter son territoire, à cause de la voracité de pays loin de chez eux (en l'occurrence, nous !).

De Julien Blanc-Gras, j'avais déjà apprécié "Touriste" pour son mélange de sérieux et d'humour. Je n'ai pas été déçue par celui-ci, qui dresse un tableau cru de l'état des Kirabati, où se mêlent la misère, la surpopulation, le manque d'hygiène, la débrouillardise permanente, la nonchalance des habitants, l'incurie de l'aide internationale, utilisée pour payer des experts.

L'auteur ne regarde pas les problèmes de haut comme beaucoup d'expatriés, il se mêle à la population, vit avec eux et raconte sans fard ce qu'il voit et ce qu'il ressent. On perçoit qu'il a de la tendresse et de la compréhension pour eux. S'il pratique un humour assez goguenard, il n'y a cependant aucune moquerie de sa part. Il n'hésite pas à prendre quelques risques, il rencontre des personnages hauts en couleurs et déploie beaucoup d'efforts pour comprendre le fonctionnement de l'île.

Lorsqu'il repart, il fait une halte d quelques jours aux Etats-Unis, le contraste est fort avec ce qu'il vient de vivre et le tableau qu'il en fait est aussi inquiétant que celui des Kiribati.

C'est un petit livre, qui en quelques pages fait comprendre davantage que bien des discours, sans être du tout donneur de leçon.

"L'essentiel de l'aide allouée aux Kiribati est capté par les salaires des consultants internationaux. Ces consultants produisent des rapports, c'est leur coeur de métier. Il faut saluer le sens du détail qui les caractérise. L'un d'entre eux, émanant d'un cabinet néo-zélandais, recense le nombre de cochons à Tarawa à l'unité près. Il y en a 13 184. Quelqu'un a été payé pour dénicher cette information. En revanche, personne n'a pensé à reboucher la brèche dans la digue de Tebikenikora".

L'avis de Hélène Papillon Séverine

Julien Blanc-Gras - Paradis (avant liquidation) - 188 pages
Livre de Poche - 2014