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"Si j'ai eu une vie si riche, si privilégiée, si protégée, c'est en grande partie grâce au travail et à la générosité de ma mère. Assis dans le bistro, je pleurais, le regard plongé dans ses yeux et dans les yeux de tous les réfugiés. Toute ma vie, j'ai exploré, analysé et reconstruit mon passé, mais je comprends maintenant qu'il y a en moi une vallée de larmes et de peine que je ne finirai peut-être jamais de traverser".

J'ai découvert Irvin D. Yalom avec "Mensonges sur le divan" qui m'avait fait beaucoup rire et je n'ai pas hésité à me lancer dans ce récit autobiographique, curieuse d'en savoir plus sur l'homme et le thérapeute.

Né de parents juifs russes émigrés, son enfance n'a pas été très gaie. Il ne se sentait pas bien dans son milieu et son quartier. Il s'est assez vite réfugié dans les livres et l'acquisition de connaissances. Plus tard, il entame des études de médecine et se spécialise en psychiatrie. Ce qui l'intéresse, c'est de connaître les autres, de les aider au maximum et à travers eux, de progresser lui-même. Il raconte une anecdote, qui à l'adolescence, lui a fait comprendre instantanément ce qu'est l'empathie.

Il ne faut pas perdre de vue que c'est un homme de 85 ans qui rédige ce récit, il revisite donc son passé à la lueur de ce qu'il est devenu, à savoir un psychiatre reconnu partout, doublé d'un écrivain lu et reçu dans le monde entier. Il n'a cependant pas oublié les doutes qui le taraudent depuis l'enfance sur sa valeur véritable et évoque souvent sa peur de la mort, omniprésente.

Il revient sur sa rencontre avec sa femme Maryline, qui l'a toujours soutenu et accompagné. Grâce à elle, francophile et spécialiste de littérature, il a séjourné régulièrement à Paris, sans parvenir toutefois à apprendre le français ! S'il mentionne régulièrement  ses enfants et ses amis, c'est surtout sa trajectoire professionnelle qui tient le devant de la scène, il la détaille abondamment, on le sent toujours passionné, puisqu'à 85 ans il reçoit toujours des patients.

Avec lui, nous suivons l'évolution de la psychiatrie aux Etats-Unis, à partir des années 60 ; il a été recruté par l'Université de Stanford et il se dirige assez vite vers les psychothérapies de groupe, dont il est un novateur. Ça reste son domaine de prédilection, même si à la fin de sa vie, il se rend compte qu'elle devient marginale. Il consacrera son temps à perfectionner sa méthode et à l'enseigner à de jeunes étudiants.

A part quelques pages un peu plus techniques, je n'ai pas eu de difficulté à suivre ses explications, c'est assez passionnant de comparer sa pratique à celles qui avaient cours en Europe au même moment, nettement plus figées. Il est passé par toutes les expériences faites à l'époque, y compris le LSD et l'ectasy.

Si vous avez lu ses romans, vous connaissez la plume de cet auteur, chaleureuse, vivante, captivante. On retrouve ici toutes ces qualités et j'ai aimé qu'il explique la genèse de ses romans, comment l'idée lui en est venue et ce qui l'a poussé à écrire. Le domaine de la psychiatrie lui paraissait trop étroit et il avait besoin de s'ouvrir à la philosophie et aux sciences humaines.

Sa spécialisation en thérapie de groupe l'a fait voyager de colloques en conférences et sa perception des différents pays visités est pleine de saveur. Lorsqu'il est suffisamment intéressé, il n'hésite pas à retourner dans certains endroits, à titre privé, pour tester d'autres méthodes (par exemple la méditation).

Les derniers chapitres sont plus tristes, Irvin D. Yalom contate les dégâts de la vieillesse, les impossibilités qui surgissent, le corps qui lâche, les angoisses qui reviennent. Il n'en abandonne pas pour autant sa curiosité et continue de s'intéresser à tout. Il est reconnaissant à la vie de tout ce qu'elle lui a offert.

Pour être autobiographique, le récit n'en est pas moins discret ; pas de grandes révélations. L'homme se dévoile en partie, avec sa sincérité habituelle, sans se départir d'une certaine distance, loin des confessions tapageuses de l'époque.

Si vous n'avez pas encore lu l'auteur, je vous conseillerais de commencer plutôt par un roman.

Merci à Masse critique de Babelio et aux Editions Albin-Michel

 

Masse critique

 

Sortie en librairie le 3 Septembre 2018

L'avis de Luocine

Irvin D. Yalom - Comment je suis devenu moi-même - 432 pages
Traduit de l'américain par Françoise Adelstain
Editions Albin-Michel - 2018