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"En tout cas, si à l'instant j'écris ces mots, assis à ma table de travail, c'est bien que j'ai choisi de me remettre, par le souvenir et par la pensée, avec l'outil de la langue, sur le fil de cette marche le long de l'Isère. J'aurais pu, au lieu de cela, partir pour un autre voyage, un vrai, me dédier à d'autres causes, à d'autres projets. Mais non. Dans le temps long de l'écriture, qui dépasse de loin celui du périple qu'elle rapporte, je suis heureux de revenir sur mes traces, j'éprouve le besoin d'en questionner le sens, de m'engouffrer dans les creux de l'aventure, de refaire le parcours autrement, d'en saisir mieux ou différemment les paysages".

Jusqu'à présent, je n'ai lu Antoine Choplin qu'en romancier, toujours avec plaisir. Par ailleurs, l'an dernier, j'ai eu la chance de participer à une lecture-promenade avec lui, dans le cadre du festival Terres de Paroles. C'est donc sans hésitation que je me suis lancée dans la lecture de ce récit de marche dans sa région. L'auteur entreprend de remonter l'Isère depuis sa confluence avec le Rhône, jusqu'à sa source, dans la Vanoise, non loin de la frontière italienne. Il le fera en quatre étapes, une par saison.

C'est une manière toute différente de voir son cadre de vie habituel. Il entame son périple seul, son ami Jean-Pierre le rejoindra quelques jours sur une partie du voyage. Ce serait un récit de marche comme les autres, s'il n'y mêlait des réflexions sur la similitude entre le mécanisme de la marche et la création littéraire. Il cherche à marcher au plus près de la rivière et se retrouve souvent dans des impasses ou des passages difficiles. Son esprit en profite pour cogiter, penser à ses poètes préférés et à des textes lus. Il croise peu de monde, les hôtels où il s'arrête sont souvent déserts, la saison est passée.

Il évoque également l'association dont il s'occupe "l'Arpenteur" et qui organise un festival en juillet, dans un cadre superbe, afin d'y amener musique, théâtre, danse etc ... C'est une bonne manière d'entrer un peu plus dans l'intimité de cet auteur discret, même si je reconnais le préférer en romancier.

"Ce sentiment flou, aux lisières de la conscience, est pour le marcheur un état de grâce. Je ne saurais dire avec précision à quoi il tient. Peut-être à une forme d'insouciance, qu'enrichirait une tension mesurée vers un objectif, ni trop lointain, ni trop prégnant. Peut-être à ce que je porte parfois la sensation de solitude lorsqu'elle s'accompagne, comme ici, d'une mise en mouvement. Peut-être tout simplement à une plénitude physiologique".

L'avis de Valérie

Antoine Choplin - A contre-courant - 216 pages
Editions Paulsen - 2018