La gouvernante suédoise

"On prépare Noël. La maison n'a jamais été aussi lumineuse, aussi joyeuse, car on allume à plaisir lampes et bougies, on en met partout, jusque sur l'appui des fenêtres, et c'est beau dans la nuit toutes ces fenêtres éclairées. Les enfants, les bonnes sont tout excités à l'idée de la fête. Hulda elle-même se laisse gagner par cette gaieté. Avec Livia, elle parle de décoration de table, de sapin de Noël, de cadeaux. Comme tout semble harmonieux dans la musique des airs de Noël qu'elles jouent au piano à quatre mains, la gouvernante et elle, pour la grande joie des enfants".

Savons-nous vraiment d'où nous venons ? La généalogie familiale est-elle si juste ? Ne comporte-t'elle pas des zones d'ombre, des manques, des omissions plus ou moins conscientes ou volontaires ? L'auteure se penche un jour sur son histoire, intriguée par une femme furtivement évoquée, entourée de mystère, la fameuse gouvernante suédoise. A part quelques dates, une ou deux réflexions vite occultées, elle ne saura rien. De ce rien, elle a fait un roman fluide et fort agréable à lire.

Léonard Sézeneau, dans la quarantaine, arrive à Göteborg en 1867, avec sa jeune femme maladive, une anglaise qu'il ne va pas tarder à renvoyer dans son pays et dont il va divorcer. Il est professeur de français et donne des conférences. Il est reçu dans la bonne société suédoise et s'éprend de la jeune Hulda qu'il épouse, malgré la désapprobation de sa famille.

Le jeune couple peine à joindre les deux bouts, Hulda n'a plus le niveau de vie auquel elle était habituée. Le beau-père procure un emploi à Léonard, celui de négociant en vins de Bordeaux, où sa réussite sera rapide. Deux garçons sont nés et la famille déménage à Stockholm. Hulda veut s'occuper elle-même de ses enfants, mais une troisième naissance s'annonce et elle ne peut faire face seule. Elle accepte l'arrivée d'une gouvernante. Ce sera Livia, une jeune suédoise, fille d'un acteur de théâtre, parlant parfaitement français.

A partir de là, on peut résumer l'histoire à un banal adultère, si classique, l'homme qui ne peut ou ne veut choisir entre deux femmes et ou tout le monde souffre. Mais on peut compter sur l'auteure pour maintenir notre intérêt et nous rendre la situation moins simple.

Léonard voyage beaucoup pour son travail et un jour vient où la famille doit quitter la Suède et venir s'installer en France où les garçons pourront suivre de meilleures études. C'est un homme silencieux, autoritaire, rigide, qui entend que tout fonctionne parfaitement comme il le veut. Ce qu'il ne dit pas, c'est qu'il a des soucis professionnels et le déménagement de Suède en France s'accompagne d'un changement de standing. En Suède l'argent semblait couler à flots, en France il manque. La maison de Meudon n'a rien à voir avec celle de Stockholm. Tout y est triste, élimé, finies les réceptions et les fêtes.

A cela s'ajoute le poison du doute pour Hulda ; son jeune frère lui instille ses soupçons à l'égard de la gouvernante dont elle a fait sa seule amie et son seul soutien. C'est Livia qui mène la maison et les enfants, tandis que la santé de Hulda se détériore. Une nouvelle grossesse achèvera de la fragiliser.

Je n'en dirai pas plus, sinon que j'ai aimé retrouver la plume de l'auteure, sa fluidité, sa sensibilité. J'ai aimé la description de la vie en Suède, puis celle de Meudon, ainsi que l'évolution des personnages.

Si l'auteure ne saura jamais ce qui s'est réellement passé, elle a trouvé une jolie manière de combler les vides de sa généalogie.

Merci aux Editions Folio

L'avis de Sylire

Marie Sizun - La gouvernante suédoise - 320 pages
Folio - 2018