Le-temps-gele

"Ils se fréquentèrent tout l'été. Totia Tassia, la mère de Valia, soupirait, et il y avait dans ce soupir à la fois le désir de caser au plus vite sa fille, une certaine réticence à l'égard de Gochka, et la crainte que celle-ci ne l'effraie et ne gâche toute l'affaire. Gochka partit à la chasse et revint pour le nouvel an. Valia le reçut chez elle, presque comme s'ils étaient mariés. Tiotia Tassia soupirait sur le canapé, mais bon, Dieu merci, au moins il était revenu entier".

Ce recueil est constitué de huit récits se déroulant en Sibérie, dans la taïga, sur les rives de l'Ienisseï. C'est là que vit l'auteur depuis une quarantaine d'années. Il décrit un univers de chasseurs-trappeurs qu'il a découvert alors qu'il était jeune géographe. Inutile de préciser que c'est un monde rude, ou il faut être résistant et ingénieux. Les hommes sont à l'image de la région, durs au labeur, mais libres et ne voulant changer de vie pour rien au monde.

Ils partent de longues semaines à la chasse aux zibelines, vivant dans des cabanes, dans la forêt, toujours heureux de rencontrer un comparse avec qui vider une bouteille d'alcool. La nuit, la température peut chuter jusqu'à - 50°, il faut du remontant ! Rien ne les rend plus heureux que de descendre à nouveau le cours de l'Ienisseï et de repartir sur les territoires de chasse, avec leurs bouranes (motos-neige) maintes fois bricolées et réparées.

Les femmes les attendent au village, rompues elles aussi à cette vie simple, même si certaines préfèrent rejoindre la ville. Elles ont un caractère bien trempé et l'habitude faire face à toutes les situations. L'auteur évoque également son propre parcours, comment il a décidé de s'installer dans la région et de vivre cette existence aventureuse et libre. Il dépeint les hommes qu'il cotoie avec affection et une certaine poésie.

Un chapitre est consacré à sa grand mère à qui il rend un vibrant hommage et qui permet de préciser d'où il vient. Mikhaïl Tarkovski est le petit-fils du poète Arseni Tarovski et le neveu du grand cinéaste Andréï Tarkovski. Son récit, au plus près de la nature sibérienne, donne vie à des gens perpétuant un style de vie qui semble immuable.

"La trappe est une activité beaucoup plus vaste et qui va beaucoup plus loin que la simple chasse. Elle exige de la passion, une maîtrise parfaite du métier, par exemple savoir créer de ses mains tout un monde d'objets extraordinaires, à commencer par les skis à peau de renne, des récipients en écorce de bouleau, jusqu'aux pièges de bois ou aux cabanes de la taïga. Ce n'est pas tant une profession qu'un mode de vie, avec ses règles qui reposent sur une connaissance exercée des façons de faire, des lois de la nature et, bien évidemment, sur une formidable persévérance. La trappe exige une connaissance précise de la forêt, des rivières et des terres, elle a de tout temps été l'exact contraire de la chasse pour le plaisir, pour le divertissement".

Merci Zazy

Mikhaïl Tarkovski - Le temps gelé - 160 pages
Editions Verdier - 2018