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"Tous les ans, je me jure que c'est la dernière fois, et tous les ans ça recommence. "Tu fais quoi pour le Nouvel An ?" Ça mobilise. Les poils se hérissent sur la peau. Tiens, c'est vrai, qu'est-ce que je fais pour le Nouvel An ? Et de là l'urgence d'être quelque part, d'être invitée, que quelqu'un ait pensé à vous, que quelqu'un se dise : Et si on invitait Juliette ? L'idée que je puisse participer à égayer une soirée me touche tellement que je dis oui oui oui dans un élan reconnaissant. Quand j'étudie la proposition, il m'apparaît assez vite que je me suis un peu précipitée. Mais ensuite j'ai du mal à me dédire".

Je cherchais une lecture légère et amusante, j'ai choisi ce titre après avoir entendu Nathalie Kuperman à la Grande Librairie. Jusqu'à présent, je ne la connaissais que dans un registre plutôt grave.

Il s'agit ici d'une succession de courts chapitres mettant en scène une narratrice incapable de dire non. Elle se laisse marcher dessus en permanence par tout le monde, à commencer par son ex-mari, le père de sa fille en pleine crise d'adolescence.

Juliette fait de gros efforts pour paraître ce qu'elle n'est pas, elle raconte ses déboires avec une auto-dérision ravageuse et tôt ou tard nous reconnaissons une situation vécue, tellement elle cible des problèmes partagés par beaucoup, du SMS envoyé trop vite en plein spleen nocturne, à la soirée où l'on n'a rien à faire, mais mieux vaut y aller que de rester enfermée chez soi à manger un yaourt.

Le portrait qu'elle dresse d'elle-même est assez pathétique, au passage on se dit que c'est une belle emmerdeuse Juliette, mais en filigrane se dessine peu à peu la détresse d'une femme qui pleure toujours la perte de sa mère et dont la recherche de reconnaissance est sans fond.

J'ai souvent ri, souvent souri, ai eu souvent envie de secouer Juliette, pour terminer avec un petit serrement de coeur devant son besoin de consolation jamais rassasié.

Je conseillerais de le lire par tranches ; en continu, l'enchaînement rapide des mésaventures de Juliette peut lasser.

"Ma mère, m'a-t'on répété à l'envi, était supérieurement intelligente. Mais pas toi, entendais-je en creux. Et, de ce fait, je ne peux me rendre à un dîner sans en repartir pétrifiée par mon manque d'à-propos. Il suffit que les conversations aient un lien avec la politique, l'art ou la littérature pour que j'augmente ma consommation d'alcool, que je me resserve alors que je n'ai plus faim, que je secoue la tête l'air pénétré en direction de celui qui a parlé en dernier, que je sourie aux allusions dont je ne comprends pas le sens."

L'avis de Véronique

Nathalie Kuperman - Je suis le genre de fille - 220 pages
Flammarion - 2018