9782330048778

"Notre système n'était pas favorable aux femmes. Les jeunes filles, les célibataires et même les fillettes de cinquième travaillaient dans les maisons d'enfants. On y manquait toujours de main-d'oeuvre. Destinées initialement à libérer les femmes des soins donnés à leurs enfants, en fait elles les y enfermaient, mais avec d'autres enfants. Il existait une égalité dans le travail féminin, mais uniquement entre femmes, entre mères et célibataires, cette égalité ne s'étendait pas aux hommes, sauf quand ils étaient de garde le samedi, toutes les cinq semaines".

Dans ce récit, l'auteure raconte son enfance et sa jeunesse au kibboutz Yehi'am, au nord d'Isräel, au pied d'une forteresse de croisés. Elle a connu le kibboutz dans les ferveurs du début, lorsqu'une communauté voulait inventer une société nouvelle et un homme nouveau. Créé entre 1946 et 1948, il était surtout constitué de Hongrois ayant échappé à la mort pendant la guerre.

C'est un témoignage passionnant, tant sur le plan historique que personnel. Je crois n'avoir jamais lu aussi précisément sur la vie en interne dans un kibboutz. L'auteure décrit une enfance très heureuse, assez protégée, malgré une organisation qui vue de l'extérieur heurte quelque peu. Les enfants ne vivaient pas avec leurs parents biologiques. Le but était de leur éviter la nature bourgeoise de la famille et le poids des désirs de leurs parents. Le kibboutz Yehi'am était socialiste, la religion n'y avait pas droit de cité.

Les enfants s'habituaient à vivre entre eux, toujours dans le même groupe mélangeant garçons et filles. Ils ne se confiaient pas aux adultes, réglaient les problèmes à leur manière. Ils voyaient leurs parents une heure cinquante par jour, sans attente particulière.

L'auteure utilise le nous dans son livre, le je n'avait pas cours. Les enfants n'en souffraient pas puisque c'était la seule vie qu'ils connaissaient. Les éducatrices leur inculquait le sens du travail, de l'effort, du collectif, ils participaient jeunes à certaines tâches.

Cette enfance heureuse a commencé à battre de l'aile à l'adolescence, à l'âge où les jeunes allaient dans un institut pour étudier .. ou pas. Ils étaient très libres. Le principal était qu'ils continuent à travailler pour le kibboutz pendant les week-end et les vacances.

Le récit est souvent drôle, l'auteure raconte la manière de vivre de ceux qui l'entouraient avec leurs habitudes et leurs difficultés d'adaptation plus ou moins grandes. Les plus anciens ont connu une autre vie. Pour les Hongrois par exemple, c'est difficile de ne plus parler leur langue et d'être contraints d'utiliser uniquement l'hébreu. Les Français, arrivés plus tardivement, seront assez nombreux à repartir.

Néanmoins, c'est plutôt de la tristesse que j'ai ressenti à cette lecture, si l'enfance de l'auteure a été belle, les questionnements qui ont suivi ont été douloureux et n'ont pas préparé les jeunes à l'éventualité d'une vie différente. Il n'y a aucun jugement dans ce récit, simplement l'histoire telle qu'elle a été vécue par l'auteure.

Un témoignage précieux et un rappel bienvenu d'une histoire pas si lointaine.

Objectif PAL 3

 

Yaël Neeman - Nous étions l'avenir - 257 pages
Traduit de l'hébreu par Rosette Azoulay avec la collaboration de Rosie Pinhas-Delpuech
Actes Sud - 2015