CVT_Farallon-Islands_7448

"La vie n'est pas ce que je croyais. Je ne suis pas celle que je croyais. Photographe, nomade, orpheline de mère. Une épistolière, laissant derrière elle une traînée de papier et de mots partout dans le monde, comme celle d'un avion. Une artiste avec un appareil photo en guise de cerveau : froid, précis, calculateur. Une femme en noir".

Coup de coeur pour ce premier roman sombre et saisissant avec pour décor les îles Farallon, au large de San Francisco, inhospitalières et sauvages, battues par les vents. Sur l'une d'elles vivent six biologistes à l'année, observant soit les oiseaux, les baleines, les phoques ou les requins.

Miranda a choisi de venir là une année en résidence. Elle est photographe, a bourlingué à travers le monde sans jamais se poser. Sa spécialité ce sont les photos de paysages extrêmes et elle est habituée aux conditions de vie spartiates.

Son arrivée sur l'île l'impressionne pourtant, son accostage risqué, l'absence d'accueil de ceux qui vont devenir ses compagnons pour plusieurs mois. Ils sont là pour observer et sont indifférents à tout le reste. Ils sont entassés dans un refuge inconfortable où Miranda va devoir faire sa place.

Miranda est une jeune femme qui ne s'est jamais remise de la mort accidentelle de sa mère lorsqu'elle avait 13 ans. Depuis, elle lui écrit régulièrement des lettres qui ne partent pas ou qu'elle disperse dans la nature ou qui vont se perdre dans d'improbables boîtes aux lettres. C'est à travers ces lettres que nous découvrons ce que Miranda va vivre sur l'île et que nous suivons ses questionnements et son évolution.

Après, le mieux est de ne rien dire de l'histoire, dont je vous garantis qu'on ne peut pas la lâcher. L'atmosphère de l'île est superbement rendue, le vacarme, l'odeur, les éléments, les dangers, les innombrables souris, les précautions à prendre, casque sur la tête à cause des oiseaux, bracelets à poux aux chevilles, poncho pour le guano, rochers glissants. Miranda se plaît dans cet endroit qui lui correspond profondément pense-t'elle.

Mais il n'y a pas que les animaux qui peuvent se révéler dangereux, l'île abrite des secrets, les biologistes confinés dans un espace étroit ne sont pas très sociables, sont en apparence indifférents aux autres, mais en réalité tout se sait. 

Les nerfs sont mis à rude épreuve, on sent une menace qui plane en permanence, on redoute ce qui peut arriver, à juste titre et à plusieurs reprises, croyant savoir ce qui allait suivre, j'ai été surprise par un évènement inattendu, jusqu'aux dernières pages qui donnent encore plus d'épaisseur à tout ce qui a précédé.

Un premier roman à ne pas manquer.

L'avis de Ariane Cathulu Cuné Kathel Maryline Papillon Sandrine

Abby Geni - Farallon Islands - 381 pages
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy
Actes Sud - 2017