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"On attendit.
Pas un geste.
Pas un mot.
Pas un bruit.
Pas un sourire ni un regard.
Jusqu'au moment où un grognement sourd nous signifia que nous pouvions avancer."

Dans ce court texte, l'auteure nous raconte le rituel ancestral auquel elle a dû se plier pour obtenir l'autorisation d'épouser le jeune Coréen dont elle était amoureuse, Seug-Geun, qui signifie "racine montante". Le jeune homme était prêt à passer outre, mais elle ne l'a pas voulu, sachant que tôt ou tard il souffrirait trop d'une rupture avec sa famille.

Il fallait donc être présentée au grand-père, "Halabeoji" médecin traditionnel, détenant l'autorité sur tous les membres de la famille. L'auteure n'est pas en bonne position, elle est étrangère, plus âgée que son prétendant, ce qui n'en fait pas un parti très enviable.

Le rituel que décrit Martine Prost date des années 1980, il était encore pratiqué, ce qui n'est sans doute plus le cas aujourd'hui où la modernité a balayé la plupart des traditions. Il fallait s'armer de patience, et lorsque l'on était une femme, aimer beaucoup un homme pour accepter d'être systématiquement en retrait, de ne pas parler, de pas répondre aux questions. Pour résumer, elle devait être une simple figurante, transparente et obéissante. Les attitudes, le langage, tout était très codifié.

Heureusement, le couple ne manquait pas de recul et d'humour pour faire face ensemble à cette longue introduction.

Malgré le peu de pages, on en apprend beaucoup sur la société coréenne, telle qu'elle a perduré jusqu'à ces dernières décennies. L'auteure, linguiste, en est une spécialiste, elle a d'ailleurs reçu la nationalité coréenne en 2015.

Le récit est émaillé de sinogrammes que mon clavier ne reproduit pas hélas, c'est dommage. La collection "L'Asiathèque" recèle quelques perles dont il ne faut pas se priver.

L'avis de Yv

Martine Prost - Halabeoji - 51 pages
L'Asiathèque - 2015