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"L'ai-je déjà dit ? Se promener, cela veut dire : trouver qui l'on est et aimer ce que l'on découvre. Je suis un promeneur plein de bienveillance. Un homme qui, après les tempêtes et les passions professionnelles, après le triomphe conjugal et la déconfiture parentale, a retrouvé son équilibre intérieur".

Lukas Zbinden est un vieux monsieur qui vit en maison de retraite depuis la mort de sa femme, Emilie. Nous sommes en Suisse. Il était instituteur et a un fils, Markus, avec qui il a peu d'échanges, il n'a jamais trouvé comment entrer vraiment en contact avec lui.

Un civiliste (accompagnant ?), Kâzim, vient d'arriver à la maison de retraite et c'est à lui que Lukas confie ses souvenirs les plus précieux au cours de leurs lentes promenades. Avec Emilie, Lukas a été un grand promeneur toute sa vie ; attention, pas randonneur, promeneur. La performance et la vitesse ne l'ont jamais intéressé, c'est un adepte de la lenteur, de l'observation et de la sensation.

Lukas raconte sa vie passée avec Emilie qu'il aimait follement. A travers ses réflexions, nous comprenons qu'Emilie l'aimait aussi, malgré ses défauts. Il a dû être souvent casse-pieds et lui laissait une grande part des responsabilités de la maison, mais c'était un couple profondément uni, d'où son désarroi lorsqu'elle est morte.

Un humour léger court tout au long du roman ; Lukas se mêle de tout, connaît bien les résidents et les regarde avec bienveillance, indulgent devant les problèmes du grand âge. Il saute du coq à l'âne, de ses souvenirs d'instituteur à sa vie avec Emilie et surtout, il revient sans cesse sur les incomparables bienfaits de la promenade répétée tous les jours, sur les mêmes parcours.

J'ai beaucoup aimé cette histoire, racontée avec délicatesse et poésie, et qui se termine de très jolie manière.

"Si Emilie partait seule, elle ne préparait pas de petits plats à l'avance, elle ne donnait aucune instruction sur la façon dont la famille aurait à se débrouiller sans elle. Elle s'en allait simplement, à la date fixée. Sans avoir en tête mille images épouvantables de ce qui pourrait se passer à la maison en son absence. Elle montait avec enthousiasme dans le wagon vert, s'asseyait sur le banc vert et glissait sa valise entre ses jambes. Sans peur, sans souci, tandis que moi, sur le quai, je vérifiais un nombre incalculable de fois qu'elle n'allait pas partir dans la mauvaise direction. Je ne supportais pas de vivre une semaine sans elle, et pourtant, ce que j'aimais par-dessus tout chez elle, c'était qu'elle menait sa propre vie".

Objectif PAL 2

Christoph Simon - Vocation : promeneur - 190 pages
Traduit de l'allemand par Marion Graf
Editions Zoé - 2016