Vernon Subutex 2"Il existe une différence de taille entre sa génération et celle de Laurent. La sienne n'adulait pas les bourgeois. Quoi qu'ils en disent, les prolos d'aujourd'hui voudraient tous être nés du bon côté du manche. A Lessines, où il a grandi, les sirènes des carrières rythmaient le temps. On méprisait les bourgeois du haut de la ville. On ne buvait pas avec le patron. C'était la loi. Dans les bistrots, ça ne parlait que de politique, la haine de classe nourrissait une véritable aristocratie prolétaire. On savait mépriser le chef. Tout cela a disparu, en même temps que l'amour du travail bien fait. Il n'y a plus de conscience ouvrière. Tout ce qui les intéresse, les gars, c'est ressembler au chef".

Dans le tome 1, nous avions laissé Vernon Subutex définitivement à la rue, malade et l'esprit battant la campagne, abandonné par tout le monde.

Dans le tome 2, on le retrouve dans le même état, mais résigné, cherchant de nouveaux repères, aidés par de vieux briscards de la rue. Ce qu'il ne sait pas, c'est que la bande d'amis qui l'a plus ou moins laissé choir est à sa recherche, certains troublés à l'idée qu'il est à la rue, d'autres tracassés par la fameuse cassette évoquée dans le premier tome.

Cette cassette qui serait en possession de Vernon, est une sorte de confession de son ami disparu, Alex Bleach, confession dont personne ne connaît la teneur. Elle nous sera révélée ici et c'est troublant de constater que son contenu percute complètement un sujet d'actualité brûlant. Je n'en dis pas plus.

L'auteure reprend le procédé de personnages qui prennent la parole à tour de rôle, donnant un aperçu complet de la société actuelle. Elle tire sur tout ce qui bouge avec une redoutable efficacité, tous les milieux y passent, les banques, les religions, les politiques, les medias, les hommes, les femmes, l'extrême droite, l'extrême gauche, les antifas, les écolos et c'est là que son roman est le plus intéressant.

Vernon devient une sorte de pôle d'attraction incontournable, installé dans le 19e, jouant les DJ tous les soirs. Il plane, il ne ne veut plus sortir de la rue, il se sent bien libéré de tout, sans attaches, dans un état second.

C'est un roman qui ne se raconte pas, il faut le lire pour en saisir toutes les facettes, je reconnais que je suis bluffée par le talent de l'auteure, même si ce n'est pas toujours facile d'être confrontée de manière cash à tout ce qui gratte méchamment dans le monde d'aujourd'hui.

J'ai hâte de lire le troisième tome, je me demande comment tout ce petit monde va évoluer.

"La police savait que personne là-dedans n'avait de rapport avec le meurtre - la scène avait été filmée. Le coup de filet avait une autre ambition : leur dire que c'était terminé, la tolérance aux Buttes-Chaumont. Un mec se fait tuer à Châtelet par ses anciens amis et c'est encore les SDF qui doivent changer de campement. C'est une règle : on ne laisse pas les précaires se rassembler au même endroit trop longtemps. On a trop la trouille que ces cons se trouvent une grande gueule pour les diriger vers le supermarché le plus proche - pillages, manifestations. Le jour où les démunis se mettront à attaquer les commerces, l'armée n'aura plus qu'à sortir les chars. Ils sont tellement nombreux, à mendier. Alors on évite les rassemblements."

Les avis de Enna Keisha La Comète Papillon

Virginie Despentes - Vernon Subutex 2 - 405 pages
Livre de Poche - 2017