CVT_Lordre-du-jour_8835"Cette réunion du 20 Février 1933, dans laquelle on pourrait voir un moment unique de l'histoire patronale, une compromission inouïe avec les nazis, n'est rien d'autre pour les Krupp, les Opel, les Siemens qu'un épisode assez ordinaire de la vie des affaires, une banale levée de fonds. Tous survivront au régime et financeront bien des partis à proportion de leur performance".

J'ai entamé le prix Goncourt 2017 un peu circonspecte, j'avais vu tellement de billets sur lui que j'avais l'impression de l'avoir déjà lu. Après cet afflux de billets, j'ai hésité d'ailleurs à en faire un de plus, qui n'ajoutera rien aux précédents. Mais comme c'est une découverte de l'auteur pour moi, je vais au moins évoquer mes impressions sur son écriture.

Je crois que tout le monde sait maintenant que le thème central est celui de l'Anschluss, l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie, en 1938. L'auteur commence le récit en 1933, par cette fameuse réunion des grands industriels allemands qui vont ouvrir largement le portefeuille pour soutenir la campagne d'Hitler.

L'auteur a l'art de nous raconter l'histoire comme si l'on était dans les coulisses avec lui ; la narration, émaillée d'anecdotes signifiantes fait ressortir sans fard la brutalité des décisions prises par le Führer, les constantes humiliations, les manipulations et la lâcheté de ses interlocuteurs. Nous sommes loin de la marche triomphale et sans anicroche véhiculée par les actualités de l'époque, elle fut au contraire pleine d'incidents et de contretemps.

J'ai découvert nombre de faits que j'ignorais, le livre est solidement documenté et le ton assez sarcastique de l'auteur les met dans une lumière crue . C'est un récit qui indigne souvent, tellement on a l'impression qu'un peu plus de courage politique aurait pu éviter un tel désastre. C'est la peur qui a prévalu.

Quant aux industriels du début, ils en ont bien profité, au mépris de la vie humaine et n'ont pas du tout été inquiétés après la guerre. S'ils ont généreusement contribué à l'ascension d'Hitler, ils se sont fait nettement plus pingres lorsqu'il a été question d'indemniser les juifs qui avaient survécu. C'est dur d'admettre que rien n'a réellement changé depuis quand il est question d'argent et du profit des entreprises.

J'avais entendu parler ça et là d'un style trop sec, je n'ai rien ressenti de tel, le ton m'a paru adapté à l'histoire et très vivace. La narration coule, maintient un intérêt constant, je suis toute prête à relire l'auteur.

De nombreux avis chez Babelio et Lecture-Ecriture

Eric Vuillard - L'ordre du jour - 160 pages
Actes Sud - 2017