B00AECMVJW"Nous étions des enfants serviables, certes, mais également polies et bien élevées, comme il ne s'en faisait déjà plus. Les parents de nos amis et ceux que la rumeur alertait se bousculaient à notre porte pour venir cueillir le Graal de l'enfant parfait que ma mère semblait posséder. Elle ouvrait la porte à des femmes affolées qui tenaient le collet de leur petite laine bien serré pour empêcher que leur tête n'aille rouler du palier où ma mère les retenait jusqu'à la rue. Elle se faisait plutôt laconique dans ses enseignements, puisque l'élevage lui-même lui laissait peu de temps pour en discourir.

- Oublie jamais que c'est toi le boss. C'é toute. Pis gâte-les pas".

Chaque fois que je lis un roman québécois, je me demande pourquoi je n'en lis pas plus souvent, tellement je leur trouve de la saveur. Celui-ci ne déroge pas à la règle et c'est un bonheur d'entrer dans la tête de Joe, en réalité Hélène, petite fille qui vit dans un quartier populaire, avec ses parents et deux soeurs. Joe (à cause de Jo March) se prend aussi pour Lady Oscar, héroïne de dessin animé qui se fait passer pour un garçon au moment de la révolution française. Elle passe son temps à sauver son entourage au péril de sa vie.

La famille de Joe n'a pas de grands moyens et elle essaie d'aider comme elle peut, en travaillant avant ou après l'école. Je me suis demandée si c'était habituel au Québec qu'une gamine aussi jeune soit dans les rues très tôt ou très tard .. Sa mère, omnipotente, veille au grain et soutient le père, aimant, mais traînant un mal de vivre qui ne se calme que dans l'alcool.

Hélène raconte les petits faits de la maison, mais aussi du quartier ou tout le monde se connaît, se critique éventuellement, mais sait faire preuve de solidarité quand il le faut. Et puis, il y a Roger, le vieux ronchon qui a surgi du jour au lendemain et ne quitte pas son fauteuil usé, d'où il veille discrètement sur sa jeune amie. Roger fait un usage immodéré d'une collection impressionnante de jurons !

C'est une histoire pleine de vie, de chaleur, de joie et de tristesse mêlées. Nous suivons Joe au fil des années, l'imagination toujours bouillonnante, passant de la peau de Lady Oscar à la sienne en l'espace de quelques secondes sans jamais s'y perdre.

"Roger s'est mis à taper sur le comptoir où les pots de jujubes en verre, impressionnés par les secousses, glissaient dangereusement vers le bord pour faire le grand saut. 

Prends pas ça de même, Roger, peut-être au fond que c'est vrai que c'est pas une bonne idée de la laisser boire autant de café...

C'é tout ce qu'elle a le café. Est toute seule au monde, pas de famille, pas un crisse d'ami, parsonne, pis est folle, Sainte-Viarge, mauditement folle. Regarde-là, a m'entend même pas, a comprend pas que tu veux pus y vendre du café. Pis a comprendra pas, même si tu y expliques cent fois. T'as déjà jasé avec, toé ?".
 
Une petite pépite que je ne peux que vous conseiller si vous ne la connaissez pas encore.
 
Lecture commune avec Enna et A Girl From Earth 

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Marie-Andrée Lavoie - La petite et le vieux - 236 pages
Bibliothèque Québécoise - 2014