51REoe9dQYL__SX210_"C'est pas moi qui vais lui jeter la pierre. Si vous voulez mon avis, cette connerie qu'on appelle pompeusement "ma vie" et qu'on croit permanente, ce n'est qu'un moment qu'on traverse. Sérieux, qu'est-ce qu'on en a à foutre du plastique ? Qu'est-ce qu'on en a à foutre de l'avion ? Qu'est-ce qu'on en a à foutre des iPad ? Dans cent ans, les gens regarderont notre époque et ne verront qu'une bulle qui a gonflé et éclaté. Et cette vie qui nous semble si grande, si importante, n'aura été qu'une brève éclosion qui ne reviendra jamais. On ressemblera tous à des éphémères, quand la musique s'arrêtera. Et avant la fin de ma vie, ou disons de celle de Rich, je parie qu'on ira de nouveau au marché en charrette".

Roman choral par excellence, cette histoire fait se croiser cinq personnages qui en réalité ne se connaissent pas. Un accident de voiture va les mettre brièvement en présence les uns des autres et ce sera l'occasion de faire plus ample connaissance avec chacun d'eux.

Il y a d'abord Rita, la femme qui se fait renverser. La soixantaine désenchantée et c'est peu de le dire. Elle a raté tout ce qu'elle a entrepris, s'est laissé déborder par l'alcool et la drogue. Tout est allé de travers dans sa vie. Son grand amour, Jonno, ne veut plus entendre parler d'elle depuis longtemps, pas plus que son fils qui lui interdit sa porte et l'accès à sa petite-fille. La seule chose qu'elle a réussi à acquérir, c'est un stand de fleurs qui lui permet de vivoter. Remplie de hargne et de colère, elle s'est mise encore en difficulté en se faisant coincer avec de l'herbe.

Puis nous passons à Sam, adolescent de quinze ans, solitaire et mal dans sa peau. Il tombe amoureux de Sophie, persuadé qu'il ne sera jamais à la hauteur et apprend en même temps que son père est atteint d'un cancer incurable. Il n'a pas les mots pour exprimer ses émotions et erre dans la ville de Salisbury sans but, complètement désemparé.

George est le vieil homme qui a renversé Rita. Il est en état de choc parce qu'il vient de perdre sa femme, Valérie, qui était toute sa vie. Nous faisons sa connaissance à travers le filtre d'un interrogatoire de police, avant d'entrer plus avant dans ses pensées et son chagrin.

La quatrième narratrice, Alison, est celle qui m'a fait quelque peu décrocher de l'histoire. Dépressive, elle rumine sa solitude depuis le départ de son mari, soldat, pour un pays en guerre. Son fils est en pension et ne revient que pour les vacances. Elle se retrouve devant le vide de son existence, du moins le croit-elle. J'ai eu du mal à supporter ses jérémiades, elle s'apitoie longuement sur elle-même et j'avoue qu'elle ne m'a pas touchée, contrairement aux autres personnages.

Le cinquième Liam, fait le lien et est peu évoqué, sauf vers la fin. C'est un premier roman attachant, plein d'humanité. Les personnages pourraient être vous ou moi, confrontés aux difficultés de la vie, les ruptures, les attachements, les sentiments. Hormis ma réserve sur le personnage d'Alison, c'est une belle découverte.

L'avis de Alex Cuné Jérome Sandrine

Barney Norris - Ce qu'on entend quand on écoute chanter les rivières - 301 pages
Traduit par Karine Lalechère
Seuil - 2017