Dans un temple zen"Le jardinage devint ma détente du soir. Le plaisir que j'éprouvais à admirer mes fleurs et mes bonsaïs était presque sans égal, tant il est vrai que nous avons à apprendre de la nature ce que nous avons désappris de nous-mêmes. La nature accomplit la vérité en silence. A la différence des hommes, elle ne cherche à être ni admirée, ni louée, ni plainte. Elle n'attend pas d'être récompensée proportionnellement à ce qu'elle accomplit. Le temps venu, elle laisse les fleurs éclore, et, discrètement, avec ou sans nos louanges, elle fait ce qu'elle a à faire, puis, tout aussi discrètement, prend congé."

A 20 ans, l'auteur, suite à un chagrin d'amour, décide de partir pour Taïwan. Il ne sait plus trop quoi faire de sa vie et ses pas vont le mener à un temple boudhiste zen, au nord de l'île. Séduit par l'atmosphère du lieu, il y reste et s'y installe, se glissant sans trop de difficulté dans le rythme quotidien des moines et des moniales.

Il retrouve le sens du temps qui passe, des saisons, il étudie le chinois. A l'époque l'île a la réputation d'avoir gardé une tradition chinoise pure, par rapport à la Chine où la révolution culturelle a tout balayé. Il s'initie à la méditation zen, s'inclut à la vie du temple jusqu'à devenir le Maître du tambour. Les moines sont bienveillants, le dépouillement des rituels n'en fait pas des êtres sévères et rigides, ils savent même se moquer gentiment. Je pense entre autres à une séquence de méditation avec un moine boudhiste tibétain de passage.

C'est un récit dont la lecture provoque un certain apaisement, la description des journées dans le temple n'a rien d'ennuyeuse, l'auteur sait la rendre vivante. Les portraits des moines qui l'entourent sont autant d'histoires personnelles  variées et surprenantes. Nous suivons sa progression dans son adaptation qui devient presque totale. Il n'envisage pas son avenir ailleurs.

Un recueil de poésies d'Apollinaire viendra mettre un terme à cette année particulière, en rappelant à l'auteur qu'il a seulement vingt ans et une envie de vivre d'autres expériences.

Une parenthèse contemplative que j'ai beaucoup appréciée.

"Sait-on pourquoi, à certains moments charnières de notre existence, un être perdu de vue, un livre que l'on a délaissé, une pièce de musique dont la mélodie s'est evaporée surgissent devant nos yeux, viennent étayer nos doutes et, finalement, nous rendent à nous-mêmes ?".

Sébastien Ortiz - Dans un temple zen - 107 pages
Editions Arléa - 2017