1104-cover-names-56af397487b79"Parvenu au sommet, je me voûte, les mains sur les genoux, j'inspire l'air comme un marathonien blessé. Imbibé de pluie et de sueur, éclaboussé de boue et noirci par le charbon détrempé des arbres, chaque ride et pli de mes mains marqué de suie à force de m'être accroché à eux ou de m'être hissé grâce à eux, je laisse pendre ma tête, je sens la force de mes pulsations cardiaques. J'ai dû parcourir une quinzaine de kilomètres. Quinze. J'ai quitté les garçons pour m'épuiser en à peine quinze kilomètres ? Au cours des vingt-cinq années écoulées depuis Indian Creek, suis-je simplement devenu vieux ?"

Vingt-ans ont passé depuis Indian Creek. Le jeune exalté a laissé la place à un père de famille plus pondéré, heureux de transmettre sa passion de la nature à ses fils de 9 et 6 ans.

Une proposition d'aller surveiller des oeufs d'ombres dans le Bob Marshall Wilderness arrive à pic pour le sortir d'une vie un peu trop routinière. Il caresse l'idée d'emmener ses fils avec lui, mais sa femme, Rose, s'y oppose fermement, à cause de la présence de grizzlys dans le secteur. Le responsable de l'expédition s'y oppose aussi pour des raisons de sécurité.

Pas question cependant de laisser passer une telle opportunité, il part donc seul et tout au long de son séjour d'un mois, dans de nombreuses situations, il imaginera ce qui se serait passé si ses fils étaient là, tout en sachant que c'était une très mauvaise idée.

Comme dans Indian Creek, Pete Fromm raconte avec humour ses pérégrinations journalières dans une nature qui n'est pas des plus accueillantes, avec la peur permanente de tomber sur un grizzly quand il va surveiller les oeufs. Il braille n'importe quoi à tue-tête pour les tenir à distance, la plupart du temps sous la pluie et dans la boue. Mais l'auteur a toujours un goût prononcé pour la vie en solitaire au milieu de nulle part.

Il ne se contente pas de raconter son séjour actuel, mais remonte dans ses souvenirs avant et après Indian Creek, complétant le portrait que l'on peut se faire de lui. Il a eu la chance d'avoir des parents qui ont détecté son attrait pour l'exploration de la nature et l'ont laissé vivre sa passion.

C'est un récit qui pourrait être répétitif et ennuyeux. Il n'en n'est rien, l'auteur excelle toujours à décrire ses sensations, ses émotions, souvent avec un recul amusé sur lui et il arrive à un âge où il se pose des questions essentielles sur sa vie, avec finesse et lucidité.

A ne pas manquer si vous avez aimé Indian Creek, mais celui-ci peut-être lu indépendamment du premier.

L'avis d'Hélène et Petit Sachem

Pete Fromm - Le nom des étoiles - 265 pages
Traduit de l'américain par Laurent Bury
Gallmeister - 2016