maison_des_autres_poche"J'ai une chèvre que j'emmène toujours avec moi : et ma vie, c'est exactement la sienne. Elle vient au fond de la vallée, elle remonte à midi, elle s'arrête avec moi au bord du fossé, et puis je l'emmène au canal et quand je vais dormir, elle va dormir aussi. Et même pour la nourriture, il n'y a pas grande différence, parce qu'elle mange de l'herbe et moi de la chicorée et de la salade, et la seule différence c'est le pain. Et dans quelque temps, je ne pourrai même plus en manger... Comme moi... comme moi. Voilà la vie que je mène : une vie de chèvre. Une vie de chèvre et rien d'autre".

Ce recueil est composé de deux textes, l'un que l'on peut considérer comme une longue nouvelle et qui donne le titre au recueil, suivi d'un second texte nettement plus court.

Nous sommes en Italie, dans les Apennins, quelques années après la guerre. C'est le curé du village qui raconte ; il est là depuis trente ans, paraît revenu de tout et désabusé. Il connaît chacune de ses ouailles et est intrigué par l'arrivée récente d'une vieille femme, Zelinda, pauvre entre les pauvres, qui lave tous les jours le linge que les autres lui confient et qui loge au dessus du village, dans une maison seule et isolée.

Le curé va guetter Zelinda, lui tourner autour, sentant une question informulée rôder entre eux. Il ne se passe rien de plus dans cette histoire et pourtant, il y a un suspense. Comme le curé, nous voulons savoir quelle question taraude Zelinda et s'il pourra lui répondre.

C'est l'écriture qui fait de ce texte un petit bijou. Poétique et extrêmement réaliste en même temps, elle décrit la vie de ces montagnards taiseux, sauvages, habitués à une vie de misère dont ils savent qu'elle ne changera jamais. Les jours passent, rythmés par des rites ancestraux, les clarines sonnent le soir au retour des bêtes, les pleureuses enterrent ceux qui partent .. Tout est ténu, mais puissant, fort et âpre.

Le deuxième texte est tout aussi sobre dans sa narration et terrible dans son dénouement. En peu de lignes, la cruauté de certains destins est mise à nu.

Deux histoires qui frappent l'esprit, d'une auteur disparu à 32 ans, en 1952.

L'avis de Dominique Hélène Zazy (attention spoiler)

Objectif PAL 2

Silvio d'Arzo - Maison des autres - 88 pages
Traduit de l'italien par Philippe Renard et Bernard Simeone
Verdier Poche - 2015