Epicure en Corrèze"J'avoue n'avoir pas vraiment cherché à comprendre les natures féminines. Que veulent-t'elles au juste ? En ce qui concerne les hommes, j'ai tout de suite une bonne entente de ce qui compte pour eux, de ce qu'ils veulent. Dans la plupart des cas, ils sont clairs comme le jour ... c'est pourquoi ils m'intéressent moins. A mes yeux, les femmes sont des êtres compliqués et surprenants, parfois même fascinants comme l'a été Emilie (dont je reparlerai), et leur nature m'échappe constamment. Peut-être que le fait d'avoir été si longtemps empêchées de s'exprimer les a-t'elles obligées à la subtilité de stratégies invisibles ou qu'en tout cas je ne saisis pas. C'est pourquoi je leur porte toujours une attention sérieuse et interrogative".

J'aime les livres de souvenirs et quand je vois dans un titre à la fois "Corrèze" et "Epicure", je n'hésite pas. Ce n'est pas un traité de philosophie, mais racontée simplement, la trajectoire d'un homme né en 1922 et qui se demande au soir de sa vie "comment un philosophe a-t'il pu surgir des buissons corréziens ?".

La mère de Marcel Conche est morte lorsqu'il était très jeune, il a été élevé par sa grand'mère maternelle. C'est l'enfance d'un petit paysan pauvre qui garde les vaches, fait les foins, s'occuper de la vigne. Ces travaux au plus près de la nature vont façonner sa manière d'être. Peut-être son intérêt pour la philosophie s'est-il nourri de cette vie simple et des questions qu'il s'est posées très tôt : "Pourquoi le monde existe ? Et moi pourquoi j'existe ? Le monde est-il fini ou infini ?".

Jeune adolescent au moment de la guerre, il décide de ne pas s'engager, déjà résolu à se consacrer à un travail d'apprentissage et de réflexion. Il se retrouvera par hasard sur les bancs du lycée, grâce à une décision du gouvernement de Vichy, opportunité qui lui ouvrira des portes qui autrement seraient restées fermées.

L'auteur nous livre ici les réflexions d'une vie sur ce qu'est la philosophie, ses philosophes préférés, ce à quoi il croit et qui l'a animé toute son existence, sa conception de l'amitié, du mariage, de l'amour. Certaines de ses positions m'ont surprise, avant de me rappeler que ce sont celles d'un homme de sa génération. Il est bien sûr question d'Epicure, mais aussi d'Héraclite, Montaigne, Lao-Tseu.

En apparence simple, son récit est en fait très érudit et riche d'enseignements et de rencontres. En ces temps d'accélération et de zapping, les réflexions de cet homme qui célèbre la lenteur et se tient à distance de la technologie aliénante est un bain de fraîcheur.

Je connaissais le philosophe seulement de nom en ouvrant le livre, en le refermant, je n'ai qu'une envie, continuer en découvrant son "journal étrange".

"J'aime dialoguer avec les Grecs et ce dialogue est une part essentielle de ma vie. J'ai parfois l'impression que mon bureau de la Maisonneuve, que je trouve pourtant trop petit pour y parler avec un ami, est peuplé de Grecs : Héraclite, Parménide, Anaximandre, Epicure, sont mes visiteurs permanents. Avec eux, ce qui est présent, c'est la Nature. C'est elle qu'ils m'aident à penser, grâce à un étonnement initial, une naïveté première ; non à partir de mots conceptuels aux significations réduites par les définitions, mais des mots encore vivants du langage mi-commun, mi-poétique. La Nature est le Poète premier, ai-je souvent dit, et la philosophie a sa source dans la poésie".

L'avis d'Hélène

Première participation au challenge PAL d'Anne et Antigone.

Objectif PAL

Marcel Conche - Epicure en Corrèze - 154 pages
Editions Stock - 2014