Indian Creek"En acceptant de venir ici, j'avais dans la tête une vague idée de liberté : n'obéir à personne, ne faire que ce que je voulais. Il me semblait maintenant avoir négligé le fait tout simple que, même si je pouvais faire tout ce qui me chantait, et à n'importe quel moment, il n'y avait rien à faire. Cette impression était aussi angoissante que cette bûche sur ma poitrine qui m'avait coupé le souffle. Et si la claustrophobie me gagnait ? Et si je perdais la raison à force d'ennui" ?.

Voilà un récit que je devais lire depuis longtemps, sous la pression de blogueuses enthousiastes qui se reconnaîtront. Le hasard a fait qu'en allant au dernier festival America, la première personne que j'ai aperçue est Pete Fromm lui-même, souriant, disponible, accueillant et tout et tout. Je lui ai sauté dessus et hop, cinq minutes après mon arrivée j'avais déjà acheté un livre. Ne soyez pas mauvaises langues, j'en suis restée là, ce qui n'est pas un petit exploit dans ce lieu de perdition, mais je m'égare. Revenons au livre.

Le jeune Pete Fromm s'engage sur un coup de tête à partir 7 mois en solitaire dans les montagnes rocheuses, entre l'Idaho et le Montana, en plein hiver, pour s'occuper d'un bassin de saumons. La tête farcie de récits de trappeurs, il n'a aucune idée de ce qui l'attend, son expérience est égale à zéro, il ne sait rien faire et ses études en biologie animale ne lui seront d'aucun secours. Pas plus que son niveau de compétition en natation.

Il part avec un chiot, Boone, qui le suivra comme son ombre et deviendra une belle chienne à l'aise dans la nature. Les gardes forestiers qui l'accueillent se rendent compte de l'étendue de son ignorance, mais le laissent là en lui expliquant le principal. Le voilà seul dans une tente avec un poële à bois et la perspective d'un hiver solitaire dans une région où la température descend à - 40 la nuit, où l'on ne voit que la neige pendant des mois. Son lien avec l'extérieur est un téléphone qui se trouve à plusieurs miles. On peut dire qu'il n'en mène pas large.

J'ai eu grand plaisir à lire ce récit d'apprentissage, avant tout grâce à son humour. L'auteur ne se prive pas de se moquer de lui-même. Il se conduit souvent comme un jeune chien fou, il prend des risques inutiles, il passe d'intenses moments de découragement au bonheur de longues marches dans la neige. Il s'adapte plutôt bien, il est débrouillard et s'il accumule les bêtises, heureusement pour lui tout se termine bien.

Les conditions sont rudes, la forêt est remplie d'animaux, la rivière bruissante et certaines scènes font frémir ; la longue marche à la rencontre de son père et de son frère, le lutte d'un lynx et d'un cerf, le face-à-face avec un puma, les traces d'ours. Il s'occupe consciencieusement des saumons, lis beaucoup et finalement se rend compte qu'il n'est pas si heureux que cela de retrouver la "civilisation".

Dans une postface, l'auteur explique comment sa vocation d'écrivain est née là-bas, en prenant des notes quotidiennes.

Si vous avez d'autres titres à me proposer, je suis preneuse.

L'avis de Cathulu Clara ClaudiaLucia Gwenaëlle Hélène Jérôme Keisha Papillon

A1

Pete Fromm - Indian Creek - 238 pages
Traduit de l'américain par Denis Lagae-Devoldère
Gallmeister (Totem)