Marie Laberge"Elle a la triste impression d'être revenue aux temps de la Bible où on devait réparation jusqu'à la septième génération. Sa soeur peut bien la traiter de non évoluée ! Encore heureux qu'elle n'ait pas décidé de réparer l'affront fait à Jules-Albert en lui promettant Adélaïde. A cette seule pensée, un frisson la traverse. Ses enfants, et Isabelle en est maintenant, ses enfants ne seront jamais du bétail à mariage. Jamais. Ils seront éduqués et ils auront le choix. Pas question de traiter les filles différemment parce que c'est du gaspillage en attendant le mariage".

Comme chaque été, je participe au challenge "pavé" de Brize. Le but est de lire un roman de 600 pages minimum, pas une de moins, l'organisatrice y veille ! Je suis très à l'aise cette année avec le premier volume d'une trilogie qui dépasse les 800 pages.

Je l'ai choisi après une rencontre avec Marie Laberge qui m'a laissé un souvenir chaleureux, dynamique et ouvert. L'auteure a voulu écrire une saga comme celles qui la captivaient dans sa jeunesse, par exemple "Jalna" (Mazo de la Roche) les séries d'Henri Troyat, "les gens de Mogador" (Elisabeth Barbier) etc ...

L'histoire se déroule essentiellement au Québec et démarre dans les années 30. L'éblouissante Gabrielle est mariée à Edward qu'elle aime, ce qui n'est pas si fréquent dans cette société entièrement dominée par l'Eglise et les conventions sociales. Ils ont cinq enfants, Edward est avocat et sa carrière est prometteuse. Bref, nous sommes dans un milieu plutôt privilégié dans un Québec ravagé par la crise où rares sont les familles qui ne sont pas touchées.

Je ne vais pas vous raconter les multiples péripéties, c'est une vraie saga, avec des rebondissements, des revirements, des drames et des joies, des gens qui s'aiment mais pas au bon moment ou pas avec la bonne personne, des amitiés indéfectibles. Gabrielle est le centre de tout ce petit monde, un peu rebelle aux yeux de son entourage si corseté, entre autres ses deux soeurs Germaine et Georgina. C'est parfois un peu trop romanesque .. un peu trop tout, elle est quasi-parfaite Gabrielle, on pourrait se perdre dans le sirupeux, les bons sentiments trop grands pour les personnages, mais non, quelque chose retient et pousse à continuer.

Ce qui m'a beaucoup plu par contre, c'est l'aspect lutte des femmes pour sortir du carcan où elles sont. A travers son amie Paulette, Gabrielle découvre la condition épouvantable des femmes pauvres, qui ont un enfant par an et qui par-dessus le marché doivent obéir aux prêtres et filer droit dans leur couple. Elle s'éveille peu à peu et malgré son côté candide et conservateur va évoluer jusqu'à prendre quelques risques en cachette de son mari pour les aider. Les femmes de la bourgeoisie ne sont pas mieux loties, réduites à une position de mineures, ne pouvant rien faire sans la permission du mari.

Ce premier volume s'arrête en 1939 et la grande histoire s'en mêle. J'ai découvert la tension qui pouvait exister entre Canadiens francophones et Canadiens anglophones sur la conscription et le départ éventuel pour faire la guerre en Europe, ainsi que sur l'antisémitisme très présent.

Il est certain que je vais continuer la saga, mais en soufflant un peu entre deux. Comment s'arrêter sur une demande en mariage dont on ne connaît pas la réponse ?

Une lecture qui coule toute seule, parfaite pour l'été.

L'avis de Karine

Challenge pavé de l'été

Marie Laberge - Le goût du bonheur - Gabrielle - 868 pages
Pocket - 2007