product_9782207132562_195x320"Alors Rafael sera comme ces aigles solitaires qui ne s'attachent jamais, indifférents à l'isolement, cachés dans leurs nids inaccessibles. De ces bêtes sauvages qui rampent dans les marais en évitant leurs congénères, regagnant leur tanière avec pour tout compagnon une proie arrachée à l'eau ou à la terre. Ni ses sept ans ni le cheval n'ont réparé la distance qui le sépare des trois autres fils. Il n'est pas le quatrième de cette famille-là : de ce jour, il comprend que rien n'y fera. Il baisse les bras".

Les romans de Sandrine Collette sont souvent étouffants et noirs, celui-ci ne déroge pas à la règle, même si ce n'est pas un polar. L'histoire se situe en Patagonie dans une estancia battue par les vents, aride et sèche. Les pauvres ont été poussés là par les gros propriétaires qui ont accaparé les terres plus riches.

L'estancia est tenu d'une main de fer par la mère, jamais désignée autrement. Quatre fils lui sont nés, les deux aînés, des jumeaux, Mauro et Joachim, Steban, jugé débile et Rafael, le petit dernier, né après la disparition du père, sans doute mort, et de ce fait jamais accepté par les autres.

La mère tire le diable par la queue, accablée sous les dettes faites par le père et le grand père avant lui, tous les deux alcooliques et brutaux. Elle-même est impitoyable, ne semble plus avoir aucun sentiment humain, laisse les garçons maltraiter le petit sans jamais intervenir. Dans cet univers clos, rien ne semble devoir changer jamais. Le travail jusqu'à l'abrutissement complet, la poussière, le bétail, les coups de gueule de la mère, jamais contente, exigeant toujours plus.

Mais voilà, quand elle va à la ville, la mère ne rechigne pas à jouer avec les hommes, et à boire aussi. Une partie de trop et l'un des jumeaux, Joachim, quitte la ferme. A partir de là, tout va se déliter et lui échapper inexorablement.

Je suis sortie de cette lecture, comment dire, assez essorée par tant de violence et de dureté, mais captivée aussi par le talent de l'auteure à rendre une atmosphère plausible. On s'y croit, la tension monte, on attend un dénuement tragique, forcément tragique ..

Chaque acteur de l'histoire prend la parole à tour de rôle, ce qui nous donne un panorama intéressant de la vie à l'estancia et de la place occupée par chacun. Je ne cache pas ma préférence pour Rafaël, celui qui a su préserver en lui suffisamment d'humanité pour espérer une autre vie, un jour.

Âmes trop sensibles s'abstenir ! pour les autres, un excellent roman noir que l'on ne lâche pas.

L'avis de Alex Manika Yv Zazy

Sandrine Collette - Il reste la poussière - 304 pages
Editions Denoël - 2016