Barbara Pym"En proie à la plus vive agitation, Belinda se hâte de rentrer chez elle. Parmi toutes les choses passionnantes qu'elle se proposait de raconter à Harriet, l'annonce des fiançailles du vicaire paraissait, bizarrement, la moins intéressante. Néanmoins, elle ne put s'empêcher de se demander comment sa soeur accueillerait la nouvelle. Non que l'on pût parler d'une "déception" au sens propre du terme, mais que ferait-elle sans vicaire à choyer ?"

Les soeurs Bede sont deux respectables quinquagénaires, vivant de leurs rentes, dans une maison agréable entourée d'un jardin. Leur vie est toute occupée par les affaires de la paroisse et le respect des convenances inhérentes à leur statut et leur milieu social.

Nous sommes chez Barbara Pym, il y a donc des vicaires, des archidiacres, des vieilles filles et servir le thé dans les règles de l'art requiert un savoir-faire et un rituel intangible. Mais elle est plus fine mouche qu'il y paraît et elle introduit toujours un personnage dont l'oeil discrètement lucide détecte les faiblesses et les hypocrisies de ce petit microcosme refermé sur lui-même. Ici, c'est Belinda, l'aînée des soeurs, Belinda qui a eu le coeur brisé par l'archidiacre il y a bien longtemps. Il lui a préféré Agatha, son épouse. Elle continue pourtant à se consumer d'amour pour lui en silence.

Harriett, la cadette, est plus enjouée et moins conformiste ; son passe-temps favori à elle, c'est de prendre sous son aile les nouveaux vicaires, en général affamés et esseulés et de repousser les demandes en mariage régulières du Comte Ricardo, amoureux d'elle depuis longtemps.

Le départ en cure d'Agatha et l'arrivée de deux célibataires  étrangers à la communauté va bouleverser cet ordre immuable et troubler momentanément les deux soeurs. L'auteure nous donne à voir tout cela avec son humour habituel, s'amusant à décrire les longs préparatifs pour préparer une robe, choisir les gâteaux pouvant plaire à un ecclésiastique. Tous ces gens ont de la culture et le roman est émaillé de citations et de poèmes des grands auteurs anglais.

Rien de spectulaire dans l'intrigue, mais le tableau savoureux d'un monde et d'une époque révolus, où pour être tus, les amours n'en sont pas moins douloureux et les apparences trompeuses.

C'est une relecture pour moi et j'ai retrouvé le même plaisir qu'à l'origine. Ce roman est paru pour la première fois en Angleterre en 1950. Il est à noter qu'on ne trouve plus les livres de l'auteure qu'en occasion ; elle n'est hélas plus éditée. 

Lecture commune dans le cadre du mois anglais

Le mois anglais 2

Barbara Pym - Comme une gazelle apprivoisée - 274 pages
Traduit de l'anglais par Bernard Turle
10/18 - 1995