Jenvisage-de-te-vendre"Elle voudrait demander à Mamienne de lui raconter encore une fois l'époque de sa jeunesse, quand les femmes pouvaient sortir librement, quand Mamienne travaillait et dans quelles circonstances elle avait rencontré son mari dans un bar. Un bar ! le mot à lui seul ouvre des perspectives si troubles et excitantes !".

La vente dont il est question dans le titre est celle d'une mère par son fils. Première nouvelle d'un recueil de douze, elle donne le ton de celles qui suivront. Nous pourrions être dans la société actuelle, juste un cran plus loin, les limites sont franchies dans bien des domaines et les situations poussées à leur paroxysme font ressortir crûment la deshumanisation à l'oeuvre.

Je pense notamment aux nouvelles qui portent sur le début et la fin de la vie ; un enfant choisi sur catalogue, où l'on ajoute ou retranche les traits de caractères désirés comme on remplirait un caddy au supermarché. Et l'homme à qui l'on annonce qu'il a un cancer et qui sait que ce que l'on attend de lui, c'est de débarrasser le plancher vite et bien, avant qu'il ne coûte trop cher à la collectivité et inflige le spectacle de sa déchéance à son entourage.

Présenté comme cela, vous devez pensez que c'est un recueil très sombre. Oui et non. J'avoue que j'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture, ce que l'auteure fait de ses personnages est souvent jubilatoire et inattendu ; il n'y a pas spécialement de chute, mais souvent un pas de côté qui nous entraîne là où nous ne pensions pas aller.

L'inventivité des histoires m'a réjouie, je passais d'une nouvelle à l'autre, friande de la suite, un mélange de familiarité et d'étrangeté montant crescendo, le tout fort bien écrit, avec causticité. A noter que je n'ai pas trouvé de nouvelle inférieure ou moins intéressante, ce qui est rare dans ce genre de recueil.

Un coup de coeur !

Merci Antigone

L'avis de Cathulu Clara Delphine-Olympe Jérôme Noukette Saxaoul Stéphie

Frédérique Martin - J'envisage de te vendre - 220 pages
Editions Belfond - Janvier 2016