Black-out-9782264064417"Attiré par le fracas et les éclairs, Troy emprunta le pont désert et stoppa son véhicule. Londres semblait être une ville morte. Il sortit de la Morris et resta là sur la chaussée. Surgi du sud, un essaim de bombardiers de la Luftwaffe arrosait Rotherhithe et les docks de Surrey, en aval de la Tamise. Sans doute l'un des raids les plus intenses de ce début d'année. Une autre explosion, énorme, accompagnée d'une colonne de lumière s'élevant dans le ciel, et une déferlante de feu zigzagua à la surface du fleuve."

Londres 1944. La fin de la guerre se profile, le débarquement est proche, mais Londres, exangue, souffre toujours autant. Dans cette ville désolée et trouée de ruines, nous faisons la connaissance du Lieutenant Frédérick Troy, policier à Scotland Yard. Il a préféré rester à son poste plutôt que d'aller à la guerre, quitte à passer pour un planqué, mais les crimes ordinaires continuent et il faut s'en occuper.

L'enquête commence par un bras coupé, trouvé par une bande de gamins, dans le quartier populaire de Stepney. Il s'avère que ce bras appartenait à un scientifique allemand réfugié en Angleterre. L'histoire tient autant de l'espionnage que du polar et les rebondissements seront légion. Les morts aussi. Il y aura des femmes fatales, mais pas idiotes.

Frédérick Troy est un flic atypique. Issu d'une famille cultivée d'origine russe, il appartient à la bonne société, ce qui ne le met pas toujours à l'aise avec ses interlocuteurs. Avant d'être un brillant aviateur, son frère aîné, de nationalité russe, a été interné par les Anglais comme ennemi du pays et son oncle n'est pas en odeur de sainteté auprès des autorités. Il n'est pas toujours très sympathique, très têtu, il est souvent idiot et faible devant les femmes qui le séduisent, mais on se laisse porter par les évènements et l'atmosphère de fin d'un monde. L'enquête trouvera son dénouement en 1948, à Berlin.

Ce que j'ai préféré dans le roman, c'est le contexte. La vie quotidienne à Londres sous les bombes est fort bien décrite, la complexité des rapports entre les services anglais et américain sur place aussi, les rapports de force se précisent, on sent les prémices de la guerre froide arriver.Premier volume d'une série écrite il y a une vingtaine d'années, il nous arrive enfin maintenant et je ne demande qu'à continuer avec ce nouveau détective.

L'avis de Gwenaëlle Kathel

Challenge A year in England

John Lawton - Black-out - 474 pages
Traduit de l'anglais par Anne-Marie Carrière

10/18 - Collection Grands Détectives - 2015