Quand%20le%20diable%20sortit%20de%20la%20salle%20de%20bain"Ne pas pleurer mais réfléchir. Ce contretemps administratif reportait mon ASS, mais il ne la supprimait pas. Deux sommes allaient bientôt regarnir mon compte : une pige et une allocation. J'en conclus que je pouvais risquer d'être à découvert. Car mon argent n'avait pas disparu, il était juste perdu dans les limbes administratifs. A l'autre bout, j'étais victime d'un décalage entre la valeur nominale et la valeur réelle de mon compte en banque, ou la valeur nominale et la valeur d'usage, enfin un truc comme ça ... Tout plutôt qu'annuler ces courses prévues depuis dix jours. Dès que j'aurais fait un bon repas, je verrais les choses avec plus de clarté, je trouverais du travail.
C'est bien, ma fille, je te préfère comme ça, commentapatit ma mère".

Première lecture de Sophie Divry pour moi, je n'ai donc pas de point de comparaison avec ses romans précédents. Histoire très fantaisiste et jubilatoire à partir d'une jeune narratrice au chômage, dans une dèche noire, il fallait le faire ..

Sylvie, trentenaire lyonnaise, voudrait trouver du travail dans sa branche, l'écriture, ce qui revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. Résultat, la dégringolade progressive jusqu'aux minima sociaux. Elle vivote chichement dans un 12 m2, a faim tout le temps, récupère des vêtements dans les poubelles, compte sou par sou et ne voit aucune issue. Evidemment, sa vie sociale s'est réduite à pas grand chose, elle dissimule sa situation, même à sa famille.

La réalité du chômage longue durée, à moins d'être sourd et aveugle à notre entourage, nous la connaissons tous, mais là, l'humour assez ravageur la fait sentir de l'intérieur, avec la honte qui va avec, la culpabilité, la lourdeur des regards extérieurs, les jours qui s'écoulent sans la moindre perspective. Vu comme cela, ce n'est pas très tentant, sauf que l'auteure pulvérise la narration classique en introduisant des digressions, des énumérations, des inventions langagières réjouissantes. Ses échanges imaginaires avec sa mère sont des grands moments comiques.

Les personnages qui gravitent autour d'elle sont aux petits oignons, le fameux diable, lubrique assumé, son ami Hector assez obsédé lui aussi, qui se permet d'influer sur l'écriture du livre, une vieille dame bienveillante, sorte de phare dans la négativité ambiante. Mine de rien, les sujets de société sont abordés également, vus "de la France d'en bas", comme certains politiques diraient.

Mon impression globale est positive, avec cependant quelques réserves, des longueurs parfois, un peu trop de tout par moment, trop de digressions, trop d'énumérations, mais ce qui domine c'est la belle inventivité du roman. Auteure à suivre ..

L'avis de Brize Cathulu Cuné Eeguab Jérôme Kathel Séverine Yv

Sophie Divry - Quand le diable sortit de la salle de bains - 310 pages
Editions Noir sur Blanc - 2015