Vogonzero"Et pendant que tous ces êtres alentour préparaient leur dîner, regardaient le journal télévisé, coupaient du bois et attendaient la fin de cette lamentable histoire, certains que le dénouement était proche, ma réalité à moi - préparatifs à la hâte, coups de feu, chien abattu, récit de l'agonie de la ville - était déjà séparée de la leur par un écran infranchissable, je les voyais encore mais ne pouvais plus me joindre à eux, je passais simplement à côté de leur maison avec ma voiture, mon fils sur la banquette arrière, et je ne ressentais rien, hormis une insupportable solitude".

Anna vit dans une belle maison de la banlieue moscovite avec son mari, Sergueï, et son fils Micha, lorsqu'un virus inconnu commence à décimer la population. Les évènements s'enchaînent rapidement et les nouvelles qui arrivent sont angoissantes. La quarantaine imposée à la ville ne sert plus à grand chose, les soldats chargés de la faire respecter sont eux-mêmes atteints à leur tour et ce sont les pillards qui pointent leur nez.

Le père de Sergueï, Boris, incite le couple à partir avec lui vers un refuge de chasse qu'il possède sur une île, à la frontière finlandaise. Les bagages sont faits à la hâte, Sergueï réussit à récupérer son ex-femme, Irina et le petit garçon qu'ils ont eu ensemble. Se joignent à eux des voisins qui viennent de se faire agresser. La petite troupe hétéroclite se met en route avec trois véhicules pour un périple incertain et dangereux.

Je commence par le point fort du roman, le côté addictif. Cette épidémie inconnue qui se propage à toute allure et contre laquelle il n'y a aucune parade est du domaine du possible ; l'auteure maintient la tension tout au long de son récit, on s'attend à chaque moment à un obstacle infranchissable, qu'il soit lié aux dures conditions météo où aux humains qui semblent retourner très vite à la sauvagerie, soucieux seulement de sauver leur peau, dussent-ils en tuer d'autres pour cela ..

Il ne faut pas s'attendre à une description de la Russie actuelle, l'histoire pourrait se dérouler n'importe où, j'y ai vu plutôt le problème de l'humain en général confronté à une épreuve insurmontable et à sa survie immédiate. Les villes et villages traversés sont cauchemardesques, le groupe espère atteindre des régions pas encore touchées, mais la maladie a fait plus vite qu'eux et c'est à chaque fois la même désolation et la même peur.

Le point faible à mes yeux, c'est la narratrice Anna. Nous ne voyons la situation qu'à travers elle et elle est souvent geignarde, puérile et agaçante. Elle ne nous épargne pas ses tourments intérieurs, qui ne pèsent pas lourd au regard de la catastrophe en cours. Il y a un clivage hommes-femmes assez fort dans le groupe et il aurait été intéressant d'entendre les autres personnages s'exprimer.

Malgré mes réserves, c'est une lecture qui m'a bien accrochée, tendue vers une seule question : arriveront-ils au terme de leur voyage ? Et après ?

Dominique a aimé, avec des réserves également - Sandrine s'est ennuyée. Cuné et Véronique l'ont aimé sans restriction.

Yana Vagner - Vongozero - 470 pages
Traduit du russe par Raphaëlle Pache
Editions Mirobole - 2014