Devance tous les adieux"Mon père a aimé ma mère comme un enfant perdu. Un matin, elle a décidé de ne plus partager sa vie et elle a quitté la maison dans un grand soupir de soulagement, nous laissant seuls avec lui. Il avait quarante-huit ans. Quelques mois plus tard, il avait cent ans. D'hôpital psychiatrique en cures de sommeil, il s'est effondré comme une vieille bâtisse, lui qu'enfant je voyais en château-fort imprenable".

Une centaine de pages magnifiques sur le suicide d'un père, trente ans auparavant. Je comprendrais que vous passiez votre chemin, mais vous auriez tort. L'auteur se souvient de ce que fut son père, avant et après la rupture. Ce n'est pas un récit linéaire, mais des fragments épars, des réflexions, des situations, des attitudes qui composent un portrait du père terriblement attachant, jamais impudique.

Le fils n'est pas resté sur une image figée des évènements et sur son chagrin d'enfant, l'adulte qu'il est devenu est apaisé et c'est un splendide hommage qu'il rend à cet homme qui a trouvé la délivrance dans la mort.

Malgré le thème, on en sort réconforté, avec le sentiment d'avoir reçu un cadeau précieux, dans ce partage du vécu de l'auteur.

"Pardonne-moi d'avoir eu la parole si absente. Pardonne-moi, mon fils bien-aimé, d'avoir eu la vue troublée et le coeur naufragé".

"L'homme invente l'écriture parce que la parole lui a été donnée et qu'il sait qu'il ne pourra jamais bien s'en servir".

Le billet de Cathulu
C' est le premier livre de l'auteur, préfacé par Christian Bobin. Je le range directement dans les meilleurs textes lus cette année.

Ivy Edelstein - Devance tous les adieux - 108 pages
Points Vivre - 2015