monologues_de_la_boue"Elle imaginait une expérience de la liberté. De ton côté, tu ne parles pas de liberté. Tu vis une sorte de négociation permanente, une négociation entre ta fatigue, l'envie de regarder, la nécessité d'avancer pour trouver un endroit plus confortable pour marcher ou pour passer la nuit. Une négociation permanente entre le paysage ouvert devant toi, ce qu'il te propose comme coin pour lire ou te laver, comme endroit d'où regarder ou rêver, et ce que la carte, l'heure ou les nuages promettent".

Trois été successifs, la narratrice marche. D'abord du Nord à l'Est de la France, puis jusqu'à la Suisse et le dernier été sur le chemin de Compostelle et au delà. La marcheuse a besoin de se réapproprier un territoire, des sensations, des éléments, la forêt, la pluie, à l'écoute d'une vie végétale et animale bruissante. Le dernier paragraphe évoque aussi discrètement un chagrin inépuisable qui ne s'éteint pas.

J'ai été happée par ce récit qui a un côté hypnotique avec ses phrases comme jetées sur le papier, des fragments de journée, le froid, la solitude, les rencontres parfois rares, quelquefois déplaisantes mais qui sont suivies par le meilleur selon "une petite théorie de l'éternelle réversibilité". On s'étonne de la voir seule "Vous êtes courageuse !"

Les nuits se passent souvent dans les granges, ou en forêt sous la toile de tente, en prise directe avec la terre, la narratrice se fond dans  le paysage, prend beaucoup de photos, évoque les écrivains qui ont vécu dans les régions traversées "Ecluse de Palluel : une pensée pour Montaigne".

Il y a de la beauté et un souffle puissant dans ce texte dont j'aurais voulu recopier toutes les pages. A lire absolument.

"Nuit sous les bourrasques, mal dormi, de bourrasque en bourrasque. Chaque chemin rappelle un chemin, un paysage déjà marché. Tes yeux se ferment de sommeil. Le plus beau des chemins. Abeilles, myrtilles, châtaigniers, chant des cascades, fougères, fourmilières, nuages, soleil, limace noire, bolet, mousse, chênes, le vent le vent, je t'aime, océan, les fourmis fourmillent, une limace limace. Pluie de tous les chemins".

L'avis de Cathulu Clara

Le site de l'auteure "Les vies de Breiz" (avec de nombreuses photos)

Une vidéo de présentation que je vous conseille d'écouter

Colette Mazabrard - Monologues de la boue - 88 pages
Editions Verdier - 2015