Le violoniste"Jusqu'à la veille, il était convaincu de venir d'une famille de travailleurs originaire d'un petit village kazakh. Des gens simples, installés là-bas depuis des générations. Pour la première fois, il se fit la réflexion que le déroulement chaotique de son existence depuis la mort de ses parents était peut-être lié au fait qu'il ne se sentait à sa place nulle part. Ses racines étaient du vent : elles ne lui avaient jamais donné aucun ancrage."

Ce roman noir s'ouvre sur un concert triomphal d'Ilia Grenko, célèbre violoniste virtuose, en 1947 à Moscou. Il quitte la salle sous les ovations, réjoui à l'avance par une prochaine tournée à Vienne où il projette d'emmener sa femme, Galina et ses deux enfants, Pavel et Ossip.

Mais en U.R.S.S. faire une demande de ce type, surtout lorsque l'on a l'habitude de tournées à l'étranger, rend hautement suspect de tentative de fuite. Ilia est arrêté avant même de sortir du théâtre et emmené à la Loubianka, avec son précieux violon, un Stradivarius, offert à son arrière-arrière-grand-père par le tsar Nicolas II.

A partir de là, un tissu de mensonges va s'enchevêtrer, menant Ilia au goulag et condamnant Galina et les deux enfants à la déportation dans une zone désertique. Le Stradivarius disparaît sans laisser de traces. Le KGB a fait croire à Galina qu'Ilia s'était enfui à l'étranger en l'abandonnant.

Trois fils narratifs se répondent à tour de rôle. Nous suivons le calvaire d'Ilia, pendant sa détention à la Loubianka, puis au camp où il est transféré. Ensuite Galina, subissant la déportation sans comprendre, se coryant trahie, hébétée et protégeant ses enfants comme elle peut. Le troisième narrateur est Sacha, le petit-fils de Galina et Ilia, ignorant tout de cette histoire et de l'existence du violon.

En 2008, il est contacté par sa soeur, Viktoria, qu'il a perdue de vue depuis l'enfance. Elle est en danger et lui demande de l'aide. Il arrive trop tard, à peine arrivé sur place, elle se fait assassiner sous ses yeux. Sacha a suivi un parcours chaotique, directement lié à l'histoire de sa famille, il a connu les centres de redressement, la prison, jusqu'à ce qu'il trouve sa voie dans le domaine informatique. Il a l'habitude de mener des missions sur des personnes disparues et, épaulé par son patron, il va se lancer cette fois-ci dans une enquête sur sa propre famille.

L'intrigue se déroule principalement entre l'Allemagne et la Russie, avec allers-retours entre deux époques. Elle se complexifie au fur et à mesure que Sacha avance à tâtons, le violon, malgré sa grande valeur, n'est peut-être pas le seul mobile de la lutte qui se joue autour de lui.

Le suspense est très bien entretenu, avec l'alternance des chapitres. Nous ressentons la lente dégradation d'Ilia, le désespoir de Galina occupée à sa survie, ils partagent sans le savoir une forme de sidération devant ce qui leur est arrivé, trompés l'un et l'autre par les fonctionnaires zélés de la Loubianka. La dureté de leurs conditions de vie a broyé l'espoir et la confiance. La machination qui s'est mise en place autour d'eux trouve encore des ramifications dans une Russie transformée, mais pas débarrassée de certains réseaux.

Sacha poursuivra avec obstination la recherche des assassins de sa soeur et s'attachera à retrouver le fameux violon, non pour sa valeur, mais par fidélité à ses grands-parents. Je n'en dis pas davantage, j'ai apprécié ce roman bien mené, avec un bon équilibre entre histoire familiale et histoire tout court.

Merci à Babelio Masse critique

L'auteure, Mechtild Borrmann, vit dans le Rhin inférieur. Son premier roman traduit en français "Rompre le silence" a remporté le prix du meilleur roman policier 2012 en Allemagne.

L'avis de MimiPinson Sandrine Yv

Mechtild Borrmann - Le violoniste - 244 pages
Traduit de l'allemand par Sylvie Roussel
Editions du Masque - 2014