Toute passion abolie"Comment allait-elle remplir sa tâche, Deborah n'en savait encore rien. Elle se sentait complètement indifférente à tout ce bruit fait autour de son bonheur futur. Etait-elle même amoureuse d'Henry ? Et même si elle l'était, pourquoi aurait-elle renoncé à sa vie personnelle ? Henry, lui, l'aimait mais qui aurait osé suggérer que cela impliquât qu'il renonçât à la vie qui était la sienne ! Au contraire, en faisant l'acquisition de son épouse, il semblait ainsi ajouter un petit extra à sa carrière. Il continuerait, lui, à déjeuner avec ses amis, à se rendre dans sa circonscription, à passer ses soirées à la Chambre des communes. Il continuerait à jouir de sa vie d'homme, libre et variée, sans anneau au doigt, sans changer de nom pour indiquer son nouveau statut".

Henry Holland, Comte de Slane, vient de mourir à plus de 90 ans. Ses cinq enfants discutent sans tarder de l'avenir de leur mère, jugée plus encombrante qu'autre chose. Mais à 88 ans, Lady Slane ne l'entend pas de cette oreille et décide de vivre enfin pour elle.

A la stupéfaction générale, elle se révèle obstinée dans son choix et retrouve la trace d'une maison vue trente ans auparavant, à Hampstead. Son propriétaire, M. Bucktrout, un doux excentrique, accepte de la lui louer et la remet en état avec l'aide d'un vieil artisan. Lady Slane sera accompagnée par sa fidèle femme de chambre française, Genoux, à son service depuis sa jeunesse.

Dans cet environnement enfin à son goût, Lady Slane va pouvoir réfléchir à la vie qu'elle a menée en tant qu'épouse de Vice-Roi des Indes et Premier Ministre et remonter le passé jusqu'à cet âge lointain où elle a renoncé à son rêve de devenir peintre. Aurait-elle dû se battre ? Ce qu'Henry a pu lui apporter valait-il vraiment qu'elle renonce ? C'est l'occasion pour l'auteur de très belles pages sur le mariage, étonnamment modernes dans le questionnement (le livre est paru en 1931).

Ce roman m'a ravie par sa finesse, son intelligence, son élégance. Lady Slane se plaît avec ses vieux compagnons qui lui rendent visite et avec qui elle se sent bien plus en affinité qu'avec ses enfants si égoïstes et intéressés. Mais jusqu'au bout la vie réserve des surprises et le passé lui reviendra sous l'apparence d'un visiteur inattendu.

Je n'en dirai pas plus, l'histoire de cette vieille dame indigne, pleine de chic et d'humour est à découvrir.

Ce sera ma dernière lecture pour le mois anglais.

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L'avis de Anne Lou Manu Tania Valou Zazymut

Vita Sackville-West - Toute passion abolie - 221 pages
Le Livre de Poche - 2010