La femme aux pieds nus"Maman, je n'étais pas là pour recouvrir ton corps et je n'ai plus que des mots - des mots d'une langue que tu ne comprenais pas - pour accomplir ce que tu avais demandé. Et je suis seule avec mes pauvres mots et mes phrases, sur la page du cahier, tissent et retissent le linceul de ton corps absent".

La femme aux pieds nus n'est autre que Stéfania, la mère de l'auteur, massacrée comme tant d'autres lors du génocide rwandais de 1994. Le génocide n'est pas le thème central de ce livre, mais il est sous-jacent à chaque page, la présence des militaires et des jeunes hutus est menaçante et fait vivre la famille dans une tension constante.

Stéfania et les siens avaient déjà été chassés de leurs terres et déplacés dans la région du Bugasera, terre aride et inhospitalière où les mères s'efforcent de maintenir les traditions avec dignité et courage. C'est ce que décrit l'auteur en évoquant son enfance parmi ses nombreux frères et soeurs. En une dizaine de chapitres, elle dresse un portrait de la vie quotidienne, saison après saison, la récolte du sorgho, la construction d'une case traditionnelle "l'inzu". De nombreuses traditions régissent la conduite à tenir, que ce soit sur la beauté des femmes, la manière de se soigner et de lire les présages, ou les codes à respecter entre voisines.

De nombreuses tâches incombent aux femmes qui les assument inlassablement, cherchant à assurer une meilleure vie à leurs enfants. La pauvreté est grande, le luxe suprême est d'aller acheter un pain à deux jours de marche à Kigali. Ces femmes vont preuve d'une grande ingéniosité et Stéfania est d'une ténacité sans faille. Il y a aussi les fêtes et les réjouissances, où la joie est présente, quand avec leurs faibles moyens ces réfugiés peuvent maintenir un peu de leur vie passée.

Dans une écriture simple et belle, l'hommage rendu à Stefania est magnifique, sans pathos, au plus près de ce qu'elle représentait. La lecture est fluide et m'a beaucoup appris sur les us et coutumes de cette région d'Afrique, tout comme sur la manière dont les blancs ont pu influencer le déroulement des évènements.

A plusieurs reprises, l'auteur fait référence à son livre précédent "Inyenzi ou les Cafards", j'aurais peut-être dû commencer par lui pour mieux apprécier encore le contenu de celui-ci.

Une lecture indispensable et une plume à découvrir absolument.

Un grand merci à Philisine Cave

L'avis de Christw

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Scolastique Mukasonga - La femme aux pieds nus - 171 pages
Folio - 2012