Des noeuds d'acier"Les gens qui sont un peu attentifs à la planète, les convaincus du développement durable ou tout simplement les radins des poubelles ont l'habitude d'écraser sur elles-mêmes les bouteilles en plastique une fois qu'elles sont vides. Ce n'est pas au bruit que ça fait que je pense, mais au résultat : une bouteille comme un accordéon, qui doit faire le tiers de sa hauteur initiale. C'est à ça que je ressemble à l'intérieur. Un empilement de hauteurs écrabouillées. C'est ainsi que je me ressens, oui."

Théo vient de sortir de prison après 19 mois de détention. Dix-neuf mois d'enfermement et de violence, dont il est sûr d'être délivré définitivement. Or, son premier geste est d'aller voir son frère, qu'il a massacré dix-neuf mois plus tôt, et de le narguer sur son lit de souffrance. D'emblée, Théo nous est donc présenté comme un personnage antipathique, incapable de maîtriser ses pulsions destructrices et ce geste imbécile l'oblige à prendre la fuite droit devant lui, jusqu'à un coin reculé de campagne, où il se réfugie dans une chambre d'hôte.

Là, les jours s'écoulent tranquillement à profiter de la nature et du calme, à manger les bons petits plats d'une hôtesse bienveillante. Théo renoue avec la marche, partant de plus en plus loin, ne croisant quasiment jamais personne. Jusqu'à ce qu'il tombe sur une maison peu avenante où il va se faire piéger.

Je n'en dirai pas plus, sinon que c'est un livre glaçant, qui nous confronte aux pires aspects de l'être humain, resté au niveau bestial. Dans cette maison, Théo va vivre une situation d'enfermement pire que la prison, avec pour geôliers deux frères fous à lier et très sadiques. Je me suis arrêtée plusieurs fois dans ma lecture, certaines scènes sont difficiles à lire. En même temps, le suspense est tellement bien mené que c'est impossible de le lâcher longtemps.

Théo va passer par tous les stades, la révolte, la résignation, l'épuisement, la ruse. Sa résistance est égale à l'acharnement de ses geôliers. Oubliée l'antipathie du début envers Théo, tellement ce qu'il vit est inhumain. Ce qui m'a fait continuer ma lecture, c'est la distance que j'avais au regard de l'histoire que j'ai considérée malgré tout comme peu crédible. Encore que ... savons-nous exactement tout ce qui se passe aux fins fonds de nos campagnes ? Et l'homme prouve tous les jours qu'il est capable de tout vis-à-vis d'autres humains.

J'ai pensé quelquefois au film de John Boorman "Délivrance", pour la comparaison avec une population repliée sur elle-même, arriérée et incapable d'émotions, seulement dans le passage à l'acte brutal.

Une lecture que je ne regrette pas, mais comme dirait Bernard Blier dans "les tontons fligueurs" "c'est du brutal" !

Ce roman a reçu le Grand Prix de Littérature Policière 2013

Le deuxième roman de l'auteur "Un vent de cendres" est plus soft.

Challenges

L'avis de Sandrine Valérie Véronique

Sandrine Collette - Des noeuds d'acier - 257 pages
Le Livre de Poche - 2014