Caroline Vermalle"Oh, je ne suis pas un expert, bien sûr, mais voyez, Pétronille, les tableaux qu'il a composés dans son jardin, sont, il me semble, ses plus personnels. Dès qu'il s'est mis à gagner de l'argent, il aurait pu voyager, suivre Gauguin, par exemple. Mais finalement, plutôt qu'au bout du monde, il est allé au bout de son jardin. Il y a trouvé sa vérité je pense. Toutes ces couleurs splendides, cette lumière qui se réinventait à chaque instant et cette poésie de l'éphémère. Il avait trouvé des trésors sur son bout de terre. Il a peint son jardin à s'en rendre aveugle, mais finalement quand on y pense, il a ouvert les yeux du monde".

Giverny, Vétheuil, Monet, les impressionnistes, une chasse au trésor autour de leurs tableaux, ce roman ne pouvait que me tenter sans même savoir de quoi était faite l'intrigue. Tout comme d'autres blogueuses, le début m'a inquiétée, je me suis crue dans un feuilleton de "Nous deux". Un brillant avocat, Frédéric, situation enviable dans les divorces des peoples, carnet d'adresses bien rempli, vaste appartement parisien, récent acquéreur d'un petit Sisley, tout pour plaire. Il plaît d'ailleurs beaucoup à Pétronille, sa secrétaire qui n'a d'yeux que pour lui.

Mais l'auteur est bien plus finaude et l'histoire va prendre des chemins buissonniers, moins convenus que je pouvais le craindre. Le brillant avocat n'est au fond qu'un petit garçon apeuré, déstabilisé en deux temps trois mouvements par une succession de faux-pas, le renvoyant à un passé nié et d'autant plus vivace.

Pétronille n'est pas l'enamourée inconditionnelle qu'elle paraissait être, sa tête et son coeur fonctionnent bien, elle va jouer un peu les fées dans la vie de Frédéric, avec son énergie, sa volonté et .. son amour des choux (à vous de découvrir lesquels).

Une kyrielle d'autres personnages gravitent autour d'eux, surtout un vieux monsieur, en fin de parcours sur un lit d'hôpital. Je n'en dirai pas plus, mais l'auteur n'est jamais meilleure que lorsqu'elle parle de ceux que l'on nomme pudiquement "les personnes âgées". Un secret de famille, une douleur tue pendant des décennies, une énorme tendresse refoulée, un héritage intrigant, les ficelles vont se croiser et s'entrecroiser jusqu'au dénouement.

Bien sûr on peut qualifier ce roman de facile, et trop plein de bons sentiments. Il se trouve que j'en ai besoin de temps en temps, j'ai déjà eu l'occasion de le dire et je ne vois aucun mal à rêver d'un monde meilleur l'espace d'une lecture.

L'avis d'Anne Antigone Keisha Sandrine Saxaoul

Monet - la Pie

Caroline Vermalle - Une collection de trésors minuscules - 272 pages
Belfond - 2014