Les impliqués"Il avait l'impression d'avoir déjà tout entendu, tout découvert, mais au lieu de réunir les pièces du puzzle en un ensemble cohérent, il les agitait sans logique comme un chimpazé qui s'acharnerait sur un Rubik's Cube".

Un polar, mais polonais, voilà qui change un peu des anglo-saxons et autres nordiques. L'enquête se déroule en 2005, à Varsovie, elle est menée par le Procureur Teodore Szacki, assisté par un commissaire de police, Kuzniecov.

Au cours d'un week-end de thérapie sur les constellations familiales, l'un des participants est retrouvé mort dans sa chambre, une broche à rôtir lui ayant traversé l'oeil et le crâne. Le Procureur aura fort à faire pour remonter jusqu'au meurtrier, égaré souvent sur de fausses pistes par des interlocuteurs retors.

Les atouts de ce roman ne manquent pas. Tout d'abord, l'enquêteur, le Procureur, bel homme de 35 ans, marié à Weronika, travaillant aussi dans la justice, père d'une fille de 10 ans, Hela. Il n'est pas alcoolique, ne mène pas une vie dissolue. Il est seulement las de sa vie de couple, aurait envie de changement et hésite à succomber à une séduisante journaliste, Monika. Comme ce n'est pas un sale type, il est bourré de culpabilité, j'y vais, j'y vais pas .. petite valse hésitation crispante.

Ensuite, l'intrigue, bâtie autour de cette fameuse thérapie des constellations familiales, inspirée de Bert Hellinger, qui donne lieu à des scènes surprenantes. Le thérapeute ou l'un des participants ont-ils pu se rendre coupables du meurtre ? Il faudra un certain effort au Procureur pour saisir ce qui se joue lors des séances, le meneur de groupe n'étant pas particulièrement coopératif.

Puis, le décor, la ville de Varsovie, dont Téo nous décrit la topographie et l'histoire, avec d'abondantes références au passé. Il aime manifestement la ville et nous en fait saisir l'ambiance et la configuration, ce qu'elle a été, ce qu'elle est devenue, ancrant l'enquête dans un contexte particulier, celui de l'époque communiste, ses excès et son aspect totalitaire. Le titre de Procureur ne doit pas faire illusion, Téo a en réalité peu de pouvoir et se heurte à des limites infranchissables et une justice qui fonctionne assez mal. Certains dessous de l'enquête, s'ils sont proches de la réalité, font froid dans le dos, si les systèmes s'effondrent, les individus restent et leur possibilité de nuisance aussi.

J'ai apprécié qu'il n'y ait pas un cadavre sanguignolent toutes les deux pages, nous sommes plutôt dans un polar qui prend son temps, avec des personnages qui s'installent tranquillement, des atmosphères, un mélange de vie privée et d'enquête équilibré, même si le rythme s'accélère dans le dernier quart du roman, lui donnant un autre ton et une force qu'il n'avait pas auparavant. Téo est sympathique, ce n'est pas Superman, il a des doutes, des failles, sa vie de famille compte beaucoup, il est attaché à la notion de justice, mais devra perdre quelques illusions en cours de route.

L'auteur a eu la bonne idée de faire précéder chaque chapitre d'un court résumé de l'actualité du jour à Varsovie, en Pologne et au-delà. Une lecture très agréable, même si je ne suis pas sûre d'avoir bien compris toutes les subtilités du dénouement.

Une deuxième enquête du Procureur Szacki paraîtra en 2015, je m'en réjouis d'avance.

Il a reçu le prix du Gros Calibre en Pologne en 2007 (meilleur polar de l'année)

Challenges

Si vous voulez en savoir plus sur les constellations familiales, c'est ici

Zygmunt Miloszewski - Les impliqués - 442 pages
Mirobole Editions - 2013