La belle année"J'aimerais bien aller vivre chez mon père. L'idéal serait que j'emménage avant l'accouchement de maman parce que, mine de rien, j'ai déjà rêvé trois fois que j'étouffais le bébé. Les accès de violence sont mon plus grand problème."

Tracey, la narratrice, a 11 ans et vient d'entrer au collège à Saint-Denis, ville à la réputation bien établie. Elle vit chez sa mère qui la déteste, avec son nouveau compagnon japonais, Takashi. Son père habite non loin de là, la cité des Cosmonautes. Il est au chômage et phobique social, notamment des transports en commun, ce qui ne l'aide pas à sortir de l'impasse où il est.

Le roman se déroule sur une année, celle de la sixième, où Tracey va évoluer et passer de l'enfance à la pré-adolescence. C'est une lecture qui m'a donné envie de rire et de pleurer en même temps. De rire, parce que Tracey s'exprime avec franchise et drôlerie, considérant comme naturelles des situations qui ne le sont pas. C'est son quotidien, c'est tout. Et pleurer, parce qu'il y a le manque d'amour de la mère, sa méchanceté, et la solitude de cette petite fille. Quand on voit comment elle est traitée par sa mère, on aurait des accès de violence à moins ...

Pourtant, aucun misérabilisme sous la plume de l'auteur, il ne s'agit pas de faire pleurer dans les chaumières ; Tracey a un appétit de vivre et de s'en sortir enviable ! On ne se fait pas de souci pour elle, elle est intelligente, douée, elle retombera toujours sur ses pieds. Il n'y a pas d'histoire à proprement parler, mais plutôt une succession de scènes, rendues savoureuses autant par la personnalité de Tracey, que par les personnages secondaires, tous bien campés que ce soit à l'école ou dans la famille.

On s'attache vite à tout ce petit monde et aux relations que Tracey entretient avec eux, bourrées d'inventivité et d'imagination. D'abord, Cosimo, le copain de toujours, avec qui elle se goinfre de friandises. Puis viendra Rabah, qui lui fait user ses baskets à arpenter Saint-Denis en long, en large et en travers. La banlieue vue par ceux qui y vivent est loin des clichés médiatiques. Et je ne vous parle pas de Mamie Michèle, l'oncle Bernard et la tante Fernanda, Aminata la copine black du père de Tracey etc ... etc ...

Pendant cette année cruciale, Tracey va grandir, se transformer, aller de plus en plus vers les autres, à sa manière, malhabile, touchante et originale.  

Un roman écrit d'une plume alerte et pleine de verve, qui m'a fait passer un bon moment.

"Au début, maman ne voulait pas que j'aille en Corrèze :
- Tracey ne mérite pas de partir !
Mais très vite, elle a changé d'avis. Sûrement l'angoisse de se retrouver coincée avec moi tout le mois d'août. Je suis pourtant vivable comme adolescente : pas de musique à fond, pas de copains qui entrent et qui sortent de la maison, pas de fugues et même plus de crises de nerfs. Tout ce que je fais, c'est lire dans ma chambre et surfer sur internet. Mais pour maman, c'est déjà trop. En gros, elle ne voudrait pas que je vive".

Partenariat avec LivredePoche

L'avis de Antigone Cathulu Clara Cuné

Cypora Petitjean-Cerf - La belle année - 282 pages
Le Livre de Poche - 2013