Charles Juliet a reçu le plus discret des prix Goncourt la semaine dernière, celui de la poésie. Découvert avec "L'année de l'éveil", je ne l'ai plus lâché depuis, lisant la plupart de ses journaux et autres écrits sur la peinture. Sa démarche est exigeante, âpre, c'est pourtant un grand bonheur de lecture tant ses réflexions sont profondes, authentiques et peuvent trouver une résonnance dans notre propre expérience. Sa recherche du mot juste et sa modestie devant l'ampleur de la tâche forcent l'admiration.

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Quant l'oeil est parvenu
à se clarifier
dissoute la ténèbre
écartées
les vaines questions
enfin en ordre la pensée
qui ne s'épuise plus
à traquer l'inaccessible
l'être n'a plus à s'interroger
sur le chemin qu'il lui faut
prendre

simplifié et unifié
il adhère en toute confiance
à ce qui advient

et les mots
coulent de source.

(A voix basse - P.O.L.)

Je lis en ce moment le dernier volume paru de son journal "Apaisement", qui porte bien son titre, les années ayant pansé et atténué les blessures à vif du jeune adulte. Je suis d'autant plus ravie que l'auteur soit distingué par ce prix Goncourt mérité.

"Quand je voyage en train ou en avion, j'évite parfois de me plonger dans un livre. Alors la pensée erre, vagabonde en des contrées rêveuses qui me font très vite oublier le lieu où je me trouve.

Aujourd'hui, me rendant à Saint-Brieuc, j'ai été assailli par des souvenirs datant de mon adolescence. Tout m'est revenu avec une extrême précision. Une époque perturbée par la violence de mes émotions. Combien je me réjouis maintenant de n'être plus aux prises avec ce qui alors me projetait tour à tour d'un extrême à l'autre". (extrait de "Apaisement", POL, 2013).

Une oeuvre à découvrir absolument.