1507-1"Ted était un être brisé, Charlie un amoureux de la nature et Tom avait vécu tout ce qu'il est permis de vivre. Une journée après l'autre, ils ont vieilli ensemble,ils ont atteint le grand âge. Ils avaient laissé derrière eux une vie sur laquelle ils avaient fermé la porte. Aucune envie d'y revenir, aucune autre envie que se lever le matin avec le sentiment d'avoir une journée bien à eux et personne qui trouve à y redire".

Je cherchais une belle histoire pour me sortir des précédentes horreurs nazies, j'ai été servie avec ce délicieux conte au fin fond de la forêt canadienne, où trois grands vieillards jouent les transfuges de la société.

D'abord il y a la langue, poétique, le lieu qui ne l'est pas moins malgré sa précarité. Une cabane pour chacun, des fourrures qui peuvent se faire accueillantes à ceux qui osent s'aventurer jusque là, la liberté au coeur de la nature, voilà qui fait vibrer des cordes sensibles.

Une photographe va venir troubler la paix du lieu, elle cherche un témoin des Grands Feux qui ont ravagé le nord de l'Ontario au début du XXe siècle et ce témoin serait Ted. Seulement il vient de passer de vie à trépas .. Je vais en rester là pour laisser le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs.

Sachez seulement que vous croiserez aussi Steve, hôtelier d'un genre spécial, Bruno qui vient ravitailler régulièrement les trois vieux et qui sera la cause d'un bouleversement total dans leur vie en amenant une petite vieille appelée Marie Desneige qui va leur montrer que l'on peut commencer sa vie à tout âge et c'est un régal de suivre tout ce petit monde, jusqu'à un dénouement sur lequel je n'ai rien à dire, tout est bien, j'ai aimé que l'auteur m'emmène où elle voulait.

"Ses cheveux, d'abord ses cheveux, c'est ce que j'ai vu en premier, un ébouriffement de cheveux blancs au-dessus du tableau de bord, des cheveux tellement vaporeux, on aurait dit de la lumière, un éclaboussement de lumière blanche, et sous l'éclat des cheveux, deux yeux noirs effrayés. Elle était toute petite, tassée au fond de la banquette, je ne pouvais rien voir d'autre."

J'ai appris un pan de l'histoire canadienne que je ne connaissais pas du tout, ces Grands Feux terrifiants qui ont fait un nombre considérable de victimes et dont le souvenir court tout au long de l'histoire et hante les survivants.

En résumé un mélange savoureux, tendre, des êtres épris de liberté, une ode à la vie sauvage, à l'amour, dans une belle langue expressive, ne vous en privez pas.

L'avis de Cathulu Clara Karine

Ce roman a reçu plusieurs prix, dont le Prix France-Québec 2012.

Première participation au challenge de Laure, repris par Asphodèle

Challenge Asphodèle

Jocelyne Saucier - Il pleuvait des oiseaux - 179 pages
XYZ Editeur - 2011