Partages"Oui, bien sûr, je faisais comme Perla., c'est elle qui par ma main allumait les bougies, elle qui par mes yeux avait peur des oiseaux, elle qui à travers moi fuyait les conversations anodines, redoutait les camions de déménagement et les tas de vêtements, c'était sa mémoire infiltrée dans la mienne, court-circuitant celle de mes parents, et avec la sienne celle de l'autre Sarah dont je portais le nom et l'empreinte des traits, toutes deux m'avaient élue, moi la cadette, la tard venue, la pas vraiment désirée, née d'une femme trop âgée pour enfanter, j'étais l'enfant que l'une n'avait pas eu, que l'autre avait perdu".

Deux trajectoires parallèles dans un même lieu, Jérusalem. Deux réalités aux antipodes l'une de l'autre. Sarah, 17 ans, jeune juive new-yorkaise, dont la mère a décidé de quitter les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre. Leïla, même âge, palestinienne, vivant dans un camp en Cisjordanie, bercée par les récits des villages disparus de son peuple. Elles se croisent furtivement au début du roman, sans le savoir.

La mère de Sarah est d'origine polonaise et porte en elle le poids d'une histoire tragique. Elle a rejoint son fils aîné en Israël, persuadée que sa place ne peut être que là. Sarah a suivi, malgré le désaccord de son père et essaie tant bien que mal de s'habituer à un environnement dont elle n'a pas les codes.

Leïla vit presque recluse avec ses parents et ses frères. Elle n'a connu que le camp, les contrôles, les interdictions, les humiliations, les morts brutales. Elle rêve de s'évader un jour par les études. Mais le rôle qui est assigné aux femmes dans ce monde-là est bien loin de la liberté. Il est rythmé par les attentats, les arrestations, les balles perdues et la protection des hommes.

J'ai aimé les comparaisons entre l'histoire enseignée à Sarah et à Leïla. Partant de même évènements, il en est fait des interprétations éloignées, dont on sent bien qu'elles ne peuvent pas se rejoindre. Les fortes aspirations de ces jeunes filles à une vie plus légère seront broyées par une réalité impitoyable. J'ai aimé aussi le cheminement de l'une et l'autre, même si la fin m'a paru trop prévisible. J'ai tourné la dernière page avec un sentiment d'un terrible gâchis.

Sur un plan purement pratique, j'ai été déroutée par le style de narration du dernier chapitre, la page de gauche pour Sarah, la page de droite pour Leïla. Au début, avant de comprendre, j'ai cru à une erreur d'impression ..

J'en garderai le souvenir d'une histoire forte et poignante, dans une langue colorée et sensuelle.

L'avis de Alex Antigone Clara MimiPinson Valérie

En partenariat avec LivredePoche

Gwenaëlle Aubry - Partages - 183 pages
Le Livre de Poche - 2013