1507_1"Des millions de siècles passés à voyager grâce aux animaux, à l'eau et au vent avaient amené la famille de mon escargot à coloniser les bois qui avoisinaient le lieu où je séjournais. C'est par hasard que la route de mon escargot avait croisé un chemin tracé par l'homme à l'instant précis où une amie - le genre d'amie qui s'arrête devant un escargot - passait par là. Le voyage inattendu de mon escargot, arrivé au pied de mon lit à dos d'homme, appartenait désormais à l'histoire des migrations des gastéropodes."

L'auteure est clouée au lit pendant des mois, puis des années à cause d'un virus inconnu qui exerce ses ravages sans limites. L'amie qui lui amène une violette et un escargot ne se doute pas à quel point ce petit animal va accompagner Elisabeth dans sa longue épreuve et la soutenir quand elle se sent prête à flancher.

Dans une écriture simple et poétique, l'auteur entremêle ses réflexions sur la maladie et ce qu'elle engendre, l'immobilité, la solitude, l'isolement, la coupure d'avec l'environnement, surtout la nature, et ses observations sur l'escargot. Elle lui a aménagé un terrarium et s'est documentée sur ce qu'il mange, sa manière de vivre, de se déplacer. Sa lenteur l'apaise, les découvertes qu'elle fait donne une autre teinte au temps qui passe.

Rien d'ennuyeux ni de plombant dans ce court récit. J'ai appris énormément de choses sur l'escargot, celle qui m'a le plus marquée c'est le nombre de ses dents : 2640 !!! C'est sûr que lorsque j'en rencontrerai un, je le regarderai d'un oeil neuf.

L'auteure ne s'attarde pas sur son état de santé, elle fait plutôt part des conséquences de celui-ci sur la vie sociale et personnelle, les gestes que l'on fait sans y penser et qui ne sont plus possibles, la vie qui se rétrécit un peu plus chaque jour, le lit que l'on ne quitte plus, le confinement, mais aussi la joie lorsque l'on retrouve un peu d'autonomie.

Un joli témoignage qui donne envie d'aller voir de plus près toutes les petites bêtes qui nous entourent et qui sait, en tirer nous aussi des enseignements dans notre propre vie.

"Les visiteurs mettaient du temps à se poser. Ils s'asseyaient et remuaient un moment, puis ils se détendaient peu à peu, jusqu'à ce que l'apaisement les envahisse enfin. Ils se mettaient alors à parler de choses plus intéressantes. Et, au beau milieu de leur visite, ils prenaient conscience de la rareté de mes mouvements, de l'immobilité de mon corps, et ils étaient saisis d'un calme étrange. Ils s'inquiétaient - n'allaient-ils pas me fatiguer ? -, mais je voyais bien qu'au delà de cela je leur rappelais tout ce qu'ils redoutaient : le hasard, l'incertitude, la déchéance et le tranchant aiguisé de la mort. Nous autres, les malades, sommes les gardiens des peurs muettes des bien-portants".

Merci Cathulu

L'avis de Clara Dominique (tentatrice en chef !) Mango

Le très joli billet de Mathilde, avec le poème de Prévert sur les escargots et des photos dignes de Microcomos.

Microcosmos (scène évoquée dans le livre)

Elisabeth Tova Bailey - Les nuits mouvementées de l'escargot sauvage - 161 pages
Editions Autrement - 2013