Les_Anonymes"Washington. Quatre meurtres. Quatre modes opératoires identiques. Tout laisse à penser qu'un serial killer est à l'oeuvre. Enquête presque classique pour l'inspecteur Miller. Jusqu'au moment où il découvre qu'une des victimes vivait sous une fausse identité, fabriquée de toutes pièces. Qui était-elle réellement ? Ce qui semblait être une banale enquête de police prend alors une ampleur toute différente et va conduire Miller jusqu'aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain". (4e de couverture)

L'inspecteur Robert Miller vient tout juste de reprendre son travail, après une sale affaire où il a été accusé d'avoir provoqué la mort d'un suspect lorsque le meurtre de Catherine Sheridan lui tombe dessus. C'est tentant de l'attribuer au "tueur au ruban" tel que l'a surnommé la presse, comme les précédentes victimes, mais certains détails font penser à Miller que cette mort-là est différente.

L'auteur fait alterner deux voix, celle de l'inspecteur Miller, épaulé par son adjoint Roth, et celle du présumé meurtrier, John Robey, qui nous explique ce qui s'est en réalité passé. Nous avons donc une longueur d'avance sur les enquêteurs, ce qui m'a parfois gênée.

Je me suis glissée sans peine dans la tête de l'inspecteur Miller, hanté par l'accusation dont il a fait l'objet. Sa vie sentimentale est un fiasco, il vit seul, couvé par le vieux couple qui tient le Déli juste en dessous de son appartement. Désabusé, perdu, il comprend qu'il est embarqué dans une histoire qui le dépasse très largement. Toutes les pistes explorées aboutissent à une impasse, les morts violentes continuent. Ses déboires et sa ténacité le rendent sympathique.

J'ai nettement moins aimé la narration de John Robey, j'ai trouvé ces passages redondants et peu convaincants. Ces jeunes gens manipulés au nom d'un idéal patriotique et devenant des tueurs sauvages peu regardant sur leurs cibles ne m'inspirent pas grand chose. J'avais hâte de revenir à Robert Miller et à ses questions sans réponses. Sa peur grandit au fur et à mesure qu'il comprend que loin d'être des meurtres ordinaires, cette affaire met en cause les plus grandes institutions du pays, la C.I.A. le F.B.I. et d'autres.

Je n'ai pas toujours suivi facilement ce qui a trait à l'histoire du Nicaragua et d'autres pays d'Amérique Latine, aux trafics d'armes et de drogue liés aux guerres provoquées par les Etats-Unis, mais ce qui est raconté là fait froid dans le dos. J'aimerais croire que c'est sorti seulement de l'imagination de l'auteur, j'ai bien peur que dans ce domaine la réalité dépasse la fiction.

Malgré les bémols sur certaines longueurs et délayage de l'histoire, j'ai tourné les pages avec de plus en plus d'intérêt, j'ai tremblé pour ce malheureux Miller et espéré qu'il s'en sorte vivant. Je n'en dirai pas plus évidemment.

"Tel était le monde dans lequel évoluait Robert Miller. On était loin de NYPD blue, des Experts ou de New-York, police judiciaire. Les affaires ne commençaient pas et ne se concluaient jamais en un seul épisode. Dans la vie, ça ne marchait pas comme ça. Elle était laborieuse et fatigante, la vie, elle éprouvait la patience et les nerfs, et on n'obtenait de résultats qu'à force d'assiduité, de labeur et de constance. Et quelquefois, malgré tous ces efforts, on ne trouvait rien".

Un bon pavé pour l'été qui tombe à pic pour le challenge de Brize et une deuxième participation au challenge de Liliba.

Challenge_Brize     Challenge_Liliba

L'avis de Brize, qui vous conduira à d'autres avis, soigneusement classés selon le degré d'enthousiasme ou de déception des lecteurs(trices).

R.J. Ellory - Les Anonymes - 689 pages
Sonatine - 2010