L'armoire des robes oubliées"L'homme était l'une des personnes les plus admirées de son époque . Pas le plus avant-gardiste, pas le plus provocateur, mais certainement le plus prometteur et, sans conteste, le plus beau. Un charmeur à la table duquel vous preniez place pour ne plus la quitter de toute la soirée, à qui vous vouliez demander de quoi la réalité serait faite, dont vous vouliez qu'il vous regarde par-dessus la table et vous raconte le fin mot des choses. Toutes en voulaient leur part. Ses marques d'intérêt étaient reçues comme des cadeaux. Quand il regardait dans votre direction, il vous donnait l'impression que vous veniez seulement de prendre votre forme réelle."

Elsa apprend qu'elle est atteinte d'un cancer inguérissable et elle décide de profiter de chaque instant qui lui reste à vivre auprès des siens, son mari Martti, à ses cotés depuis cinquante ans, sa fille Eleonoora et sa petite-fille Anna. Ils se relaieront auprès d'elle le temps qu'il faudra.

Anna va découvrir que derrière l'image un peu lisse du vieux couple heureux, se cache une histoire qui a profondément bouleversé leur vie et celle d'Eleonoora. Une robe retrouvée dans une vieille armoire et surgit le personnage d'Eeva, jeune femme recouverte d'un voile d'oubli. Elsa pense que le moment est venu de parler de cette histoire ancienne et du poids qu'elle a eu.

Disons tout de suite que je ne partage pas l'enthousiasme quasi-général sur ce roman. Je me suis quelquefois ennuyée. L'histoire est convenue, après tout il ne s'agit que d'un homme qui  n'a pas voulu choisir entre deux femmes, sans prendre la mesure des dégâts infligés autour de lui. Il paraît d'ailleurs curieusement distant de ce qui est arrivé, même si la culpabilité est là par moment.

Il se dégage tout de même un charme certain de l'ensemble, qui est  à mes yeux ailleurs que dans l'intrigue amoureuse. J'ai admiré l'attitude d'Elsa devant la maladie, son rapport simple à la nature et aux éléments, son questionnement sur ce qu'elle n'a pas su faire plus tôt. Elle a été une brillante psychologue dans sa jeunesse, toujours en voyage à l'étranger pour des conférences.  Martti, peintre reconnu et exigeant l'a entraînée dans un certain monde artistique, lui faisant découvrir le Paris bouillonnant des années 60, presque prêt pour l'explosion de 1968.

Ce sont les femmes qui s'expriment dans ce roman, Elsa, Eleonoora, la fille, celle qui a sans doute le plus souffert, témoin muet du jeu cruel des adultes, et la jeune Anna, qui peine à trouver sa place. Et bien sûr, l'énigmatique Eeva, celle que j'ai eu le plus de mal à saisir et qui m'est restée étrangère. Durant le répit accordé à Elsa, comment se recomposeront les relations entre ces femmes, à la lueur du passé exhumé ?

De ma lecture, je crois qu'il me restera surtout une belle impression de la vie en Finlande, l'image d'une nature superbe, l'eau répandue sur les pierres du sauna, les bains à la tombée du jour, un certain art de vivre, et de mourir pour Elsa.

C'est le deuxième roman, somme toute très prometteur, d'une jeune femme de 30 ans.

L'avis de Antigone Clara Gwenaëlle Jérôme Stéphie Yv qui vous mèneront à d'autres liens.

En partenariat avec     LivredePoche

 

Riikka Pulkkinen - L'armoire des robes oubliées - 423 pages
Le Livre de Poche - 2013