Maine"Kathleen se rendit soudain compte que l'église était comme une scène pour Alice, l'endroit où elle se tenait bien, où les autres la voyait telle qu'elle voulait être vue. Au fil des années, elle avait pris en charge les cours du dimanche, les distributions de nourriture, les levées de fonds pour les prêtres à la retraite et la kermesse de Noël. Personne, à la paroisse, ne pouvait imaginer sa cruauté à la maison. Ils la voyaient tous comme une sainte".

Réjouissant, jubilatoire, très vivant, "Maine" est un roman bourré de qualités et il n'engendre pas la mélancolie !

Quatre femmes de la famille Kelleher s'expriment à tour de rôle, la grand-mère Alice, la fille Kathleen, la petite-fille Maggie et la belle-fille Ann-Marie, quatre voix singulières et discordantes nous donnant au fil du roman une vision plus nette du passé de chacune.

Ce qui les réunit, c'est la grande maison familiale dans le Maine, acquise autrefois par Daniel, le mari d'Alice, décédé il y a 10 ans (un saint cet homme-là !). Or, Alice, 83 ans, vient de prendre une décision concernant la propriété qui sera loin de réjouir les enfants et les petits-enfants. Les tensions accumulées depuis des décennies vont culminer et exploser.

Il faut dire que les caractères en présence ne sont guère faits pour s'accorder. Alice, l'aïeule, a la rosserie chevillée au corps et s'est noyée trop longtemps dans l'alcool. Même si l'on comprend l'origine de ses comportements, sa personnalité n'attire pas la sympathie.

Kathleen, une de ses deux filles, est hélas tombée elle aussi dans le piège de l'alcool. Après un premier mariage raté, elle a trouvé un second souffle avec Arlo et elle élève des vers de terre en Californie (activité difficile à placer dans la conversation n'est-il pas ?). Son franc-parler est souvent perturbant pour son entourage.

Maggie, fille de Kathleen est un personnage qui fait pitié. Sa mollesse est pathétique, elle a des excuses avec une mère et une grand-mère pareilles, mais tout de même, on a constamment envie de lui dire "secoue-toi, défends-toi !". Pourtant cet été là, pour une fois, elle saisira peut-être l'occasion de s'affirmer un peu.

Et enfin Ann-Marie, la pièce rapportée, belle-fille parfaite, ses deux enfants parfaits (hum .. hum ..), l'épouse parfaite de Patrick. La façade va se lézarder et c'est tordant.

Elément d'importance dans le roman, la religion catholique, ces Irlandais d'origine respectent ses principes, surtout Alice, et elle a pesé d'un poids très lourd sur toute son existence.

Ce n'est pas un énième roman choral de plus, le talent de l'auteur éclate dans l'émotion, la drôlerie, la férocité, la subtilité. A 30 ans elle fait preuve d'une maîtrise étonnante et prometteuse.

"Elle avait tenté de faire une thérapie, de lire tous les livres possibles et imaginables, mais rien ne semblait jamais changer. Même sa psy lui faisait parfois sentir que toute amélioration serait illusoire. Après tout, elle venait d'une famille d'ivrognes, des handicapés émotionnels, aigris par la rancune. A d'autres moments, elle se disait que chercher sans cesse à s'améliorer était surtout valable pour les immortels. S'améliorer, pour quoi faire ?"

Cuné a été la première tentatrice

Comme Cathulu, j'en ferais le roman de l'été

Si j'étais Brize, je lui accorderais 5 parts de tarte

Et je partage l'enthousiasme de Clara

Merci à   

J. Courtney Sullivan - Maine - 450 pages
Editions rue fromentin - 2013