22 Britannia Road"Je présume que nous avons pas mal changé tous les deux, dit-il, en s'efforçant de prendre un ton badin. Mais ça n'a pas d'importance. Nous sommes restés les mêmes au dedans. Le temps ne change rien à ça".

1946. Angleterre. Janusz attend Silvana sur le quai de la gare. 7 années ont passé depuis leur séparation, en 1939, en Pologne. Leur fils, Aurek, était un nourrisson. Ils ont connu chacun des épreuves difficiles et Janusz vient seulement de retrouver leur trace. La seule chose qu'il souhaite maintenant, c'est vivre comme une famille normale, dans ce pays qui l'a accueilli et lui offre une chance.

Janusz qui a combattu auprès des Anglais maîtrise assez bien la langue, il a un bon travail et espère progresser. Il a trouvé une maison au 22 Britannia Road, symbole de son nouveau départ. Il n'en va pas de même pour Silvana qui sort d'un pays ravagé où sa survie a été une lutte de chaque jour dans le froid, la faim et le danger. Aurek est un enfant sauvage, farouchement accroché à elle, qui regarde Janusz comme un ennemi.

Et surtout, ils cachent l'un et l'autre un lourd secret qui va être un obstacle sérieux à la reprise de la vie commune. Le roman est construit en trois parties qui s'entrecroisent. La vie en Angleterre, un retour sur le passé de Silvana en Pologne pendant la guerre, et le périple de Janusz à partir du moment où il a été mobilisé. L'adaptation de Silvana est difficile, elle se sent très seule. Elle n'a pas le même désir d'intégration que Janusz. Et elle est rongée par son secret. De son côté, Janusz, n'est pas sûr de ce qu'il désire vraiment, la guerre lui ayant ouvert d'autres horizons sans Silvana. Aurek qui vient de passer plusieurs années dans la forêt, aura bien du mal à trouver une place dans ce couple bancal, où la parole ne circule pas.

Un premier roman qui montre une fois de plus les ravages de la guerre sur les individus, mais aussi ceux du mensonge et des faux-semblants. Je l'ai apprécié, avec cependant deux bémols. La personnalité très froide de Silvana. Certes, elle a vécu des traumatismes importants qui peuvent justifier une certaine dureté, mais tout de même, ça m'a gênée. Et ce qu'elle a vécu en Pologne m'a paru assez flou par moment, un peu éloigné de ce que je sais de l'histoire de ce pays, mais peut-être que je me trompe.

Ces réserves mises à part, j'ai surtout ressenti de l'empathie pour Aurek, malheureux enfant obligé de faire avec un monde des grands bien opaque. C'est pourtant de lui que viendra peut-être une embellie.

Merci Enna

L'avis de Evalire Mrs B

Amanda Hodgkinson - 22 Britannia Road - 444 pages
Editions Belfond - 2012