Les tribulations d'un précaire"Il a toujours vendu des climatiseurs. De nos jours, çà ne permettrait même pas à un vendeur doué d'habiter un studio. Où est passé l'argent ? Et quand ? A cause de la Commission trilatérale ? de la bande des Sept ? des industriels de la Défense de Reagan ? des yuppies ? des Japonais ? C'est de cet argent-là qu'il s'agit quand on parle de la dette publique ? L'argent qui aurait permis de me payer suffisamment pour que je vive dans un endroit pas cher, c'était quatre mille milliards de dollars ? La dette publique est arrivée comment ? Et comment je récupère ma part ?"

L'auteur, licence de lettres inutile en poche, se retrouve à accepter toutes sortes de petits boulots plus mal payés les uns que les autres et effectués dans des conditions très proches de l'esclavage. Quarante deux en dix ans ! Inutile de préciser qu'il en connaît un rayon sur les mensonges éhontés des petites annonces et les clauses illisibles en bas de contrat.

Ce récit serait assez insupportable s'il n'était pas écrit avec un humour ravageur et une certaine auto-dérision, pointant au passage toutes les dérives du capitalisme et de la société américaine. Un long passage se déroule en Alaska où il s'est fait videur de poissons et autres joyeusetés. L'effroi nous saisit et croyez-moi on regarde le poisson qui arrive dans son assiette d'une autre oeil. Ce qui est étonnant, c'est la naïveté de beaucoup de ses compagnons de misère, persuadés qu'ils vont faire fortune tôt ou tard s'ils travaillent beaucoup. Le désenchantement est rapide.

Le pire, c'est qu'à cette lecture, rien ne m'a étonnée, tellement je suis persuadée que l'exploitation des hommes par les hommes n'a pas de limites. Le hasard a fait que dans les jours qui ont suivi, un magasin géré par des Américains s'est fait épingler dans ma région pour son irrespect total du droit du travail, ce qui leur est reproché ressemblait curieusement à ce que je venais de lire.

"Suivez avec confiance la direction de vos rêves, a dit Thoreau. Par la suite, il a ajouté que la plupart des hommes mènent une vie de désespoir silencieux, signe que peu d'entre nous suivaient son conseil. Qu'il aille se faire foutre, il avait des rentes, lui. Qui d'autre qu'un homme riche pourrait se permettre de passer un été au bord d'un lac à méditer sur la vie ? Je prendrai la prochaine chose qui se présentera et je m'y tiendrai, parce que la recherche, l'espoir de quelque chose de mieux vous pompe davantage d'énergie que votre corvée elle-même."

Un auteur que je relirai certainement. Il sera présent au festival America à Vincennes (moi aussi).

L'avis de Hélène Kathel

C'est une lecture commune avec Keisha et Manu

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Iain Levison - Tribulations d'un précaire - 187 pages
Liana Levi Piccolo - 2009