Marin Ledun"Les victimes ne sont jamais celles que l'on croit. La voilà, mon autre Histoire ! Les voilà, mes faits et mes résultats ! Un panier de crabes poussés à s'entre-déchirer. Des histoires d'hommes et de femmes. De machines et de procédures inhumaines. D'ordres et de contre-ordres. D'objectifs et de règles comptables. Mettez soixante hommes dans une salle, vissez-leur des écouteurs et un micro sur la tête, nourrissez-les d'injonctions paradoxales et de primes au mérite, et vous n'obtiendrez rien de plus qu'un immense charnier de morts vivants. Soulier, Sartis et Fournier, comme les autres. Et moi, perdue au milieu, droguée sur ordonnances jusqu'au bout des ongles, rongée de l'intérieur. Une histoire qui n'en finit pas de s'écrire et de se réécrire".

Carole Matthieu, médecin du travail, intervient dans un centre d'appel et assiste depuis plusieurs années à une dérive effarante des conditions de travail. Mutations imposées sur des postes aussi éloignés que possible des compétences des employés, management à la menace, déstabilisation maximale des individus renvoyés à leurs failles personnelles supposées ... son bureau est le réceptable de toutes les souffrances.

Elle-même n'est pas bien vaillante, vide sidéral dans sa vie privée, dévouement excessif à son travail, troubles en tout genre ayant succédé à une agression, elle ne tient qu'à coup de médicaments, amphétamines pour démarrer la journée, psychotropes pour s'assommer le soir et mélanges divers toute la journée. Elle se sent investie d'une mission impossible, servir de rempart à ce système complètement emballé, qui détruit l'humain.

Devant son impuissance, de plus en plus en colère et désespérée, elle va choisir une voie radicale et "libérer" ses patients, à l'aide d'un Beretta. Il n'y a que le premier pas qui coûte, elle va continuer dans cette direction là, obsédée en même temps par l'idée d'écrire la véritable histoire qui l'a amenée à cette extrémité, la lente dégradation sournoise et hypocrite du monde de l'entreprise.

Ajoutez à cela un inspecteur de police pas très droit dans ses bottes non plus, une improbable attirance amoureuse et je n'en dirai pas plus, après il faut le lire. Ce polar me laisse une impression très mitigée, pourtant je n'avais lu que des avis positifs, voire enthousiastes. L'ambiance du travail est remarquablement rendue, l'auteur ayant travaillé 7 ans à France-Telecom, on sent qu'il sait de quoi il parle. Le suspense fonctionne bien, on tourne les pages de plus en plus vite, même si on ne se fait guère d'illusion sur l'issue.

Alors me direz-vous ? Alors je n'ai pas accroché une seule seconde au personnage principal, Carole Matthieu, de loin la plus mal en point de l'histoire. Personnage trop chargé à mon goût. Elle avale des petites pilules, elle vomit à longueur de pages, elle pète les plombs à tout bout de champ, elle est lamentable avec sa fille, bref elle m'a rapidement énervée. Et c'est vraiment dommage, parce qu'à mon avis ces outrances affaiblissent le reste du roman qui a pourtant bien des qualités.

Sur le même sujet, j'ai préféré de loin "retour au mots sauvages" de Thierry Beinstingel

Ce roman a obtenu le grand prix du roman noir au festival policier de Beaune.

L'avis de Alex Cathulu Moustafette Saxaoul

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Marin Ledun - Les visages écrasés - 397 pages
Points - 2012