RoomA priori, je n'étais pas partante pour lire l'histoire d'une femme séquestrée avec son enfant dans une chambre minuscule, a fortiori en sachant que c'est l'enfant qui s'exprime. Puis, billet après billet, vous avez su me convaincre de me lancer à mon tour dans cette lecture et je ne le regrette pas du tout.

A moins d'avoir été séquestrée vous-même ces derniers mois, vous connaissez forcément l'histoire, donc je ne vais pas m'y attarder, et puis mieux vaut en savoir le moins possible au départ pour entrer dans l'univers particulier de Jack.

J'ai été déconcertée par la façon de s'exprimer de Jack, Monsieur Tapis, Madame Table, petit Dressing .. même si on saisit rapidement que la mère a créé de toute pièce un univers poétique et imaginatif pour faire accepter l'insupportable de la claustration.

Au delà de la forme, j'ai été happée par le déroulement des jours rythmés de rituels, la crainte de la venue du Grand Méchant Nick le soir, la peur de la maman, sa souffrance et son espoir indéracinable de fuite. Les nerfs sont mis à rude épreuve pendant la lecture, avec un point culminant, qui est le plan mis au point pour l'évasion, on se dit que le pauvre petit bonhomme est confronté à une épreuve surhumaine.

Bien d'autres thèmes que l'enfermement sont abordés ici, la fusion mère-enfant, la capacité d'inventer et de créer un monde à soi, les ressources insoupçonnées nichées au plus profond de nous, les limites sans cesse repoussées de ce que l'on croyait possible.

Je crois que je ne révèle pas grand chose en disant qu'ils sortent de la chambre et si la première partie m'a paru très forte, j'ai trouvé plus de longueurs et d'attitudes peu crédibles dans la deuxième partie. Le choc du retour n'est pas facile à vivre pour l'enfant qui ne soupçonnait même pas l'existence du dehors. Le côté hyper-normatif de la société est très bien rendu, le regard porté sur la jeune femme et Jack est forcément inadapté et trop autoritaire.

Mais ce qui a dominé ma lecture par dessus tout, c'est l'émotion et l'attachement au petit Jack, cohérent dans ses réactions, perdu mais "peurageux". J'ai adoré sa manière de jouer avec le langage et de faire face à ce qui le terrifie en faisant appel à ses lectures et ses héros préférés.

Pour les lectrices(teurs) qui, comme moi,  n'aimeraient pas le mélange fait divers réel et fiction, sachez qu'ici c'est une fiction pure, qu'on l'on peut lire détachée de toute référence. J'ai fait d'ailleurs un rapprochement avec un film vu tout récemment "à moi seule" qui traite un peu du même sujet, d'une manière différente.

"Maman se mordille sa lèvre, il y a une tâche noire dessus. Oui, mais je viens d'ailleurs, comme elle. Il y a très longtemps, j'étais ...

Au Ciel !

Elle pose son doigt sur ma bouche pour que je me taise. Je suis née et j'ai été enfant, comme toi ; je vivais avec ma mère et mon père.

Je secoue la tête : c'est toi, la mère !

Mais j'en avais une à moi, que j'appelais Maman. Elle est toujours ma mère.

Pourquoi elle fait semblant comme çà, c'est un jeu que je connais pas ?

Elle est ... j'imagine que tu l'appelerais Mamie".

Quelques avis, qui vous mèneront vers d'autres billets : Clara Kathel Noukette Valérie Véronique

Emma Donoghue - Room - 400 pages
La Cosmopolite - Stock - 2011