Je vois des jardins partoutJ'avais savouré avec grand plaisir la lecture de "avec vue sur la mer" de Didier Decoin, aussi quand j'ai vu chez Dominique qu'il sortait un nouvel ouvrage sur les jardins, je n'ai pas hésité une seconde et l'après-midi même il rejoignait ma PAL, où il n'a séjourné qu'une demi-journée, le petit veinard.

"Il existe des jardiniers de mauvais goût, des jardiniers daltoniens, allergiques, lunatiques, mégalomanes, dendrophiles ou formicophiles, mais vous ne rencontrerez jamais un jardinier dépourvu d'imagination ; ou alors, c'est que vous avez affaire à un usurpateur".

L'auteur revient sur ses premiers émois jardiniers, quand il était enfant, l'appartement de ses parents jouxtait le parc de Bagatelle. Bien plus tard, avec son épouse, Chantal, il va composer deux jardins, un dans la région parisienne et un autour de sa maison de la Hague. Leur passion commune va les entraîner en Angleterre, en Ecosse, dans le sud de la France, en compagnie d'un groupe de sympathiques farfelus surnommés "la cinquième saison".

"J'aime assez les jardins un peu clochards, un peu démissionnaires (que ce soit de leur faute ou non), haillonneux, avec des pointées de ronces, au bord de l'abandon. Je les appelle des "doucets". Cà veut bien dire ce que çà veut dire, qu'il s'en dégage en effet de la douceur, une douceur grise, pelucheuse, cendre et nuage".

Le ton est léger, l'humour aussi, les jardins visités sont l'occasion de parler de leurs propriétaires, avec mention spéciale pour la délicieuse évocation de Vita Sackville-West. Didier Decoin aime les jardins, il aime aussi les gens, il en parle avec tendresse et un rien de moquerie qui m'a enchantée.

Voilà un livre hérissé de post-it, j'aurais voulu noter des phrases à chaque page. En ces temps de bavardages éhontés, de mensonges en tous genres, de vantardises étalées tous les jours dans les medias, revenez donc à hauteur d'humain, les deux pieds dans la terre et faites-vous plaisir avec des brassées de fleurs et de rencontres.

"Surprises par l'objectif de Rachel Lévy, les fleurs en fanaison se parent de teintes violettes qui rappellent les draps dont on recouvre les crucifix et les statues des églises entre le Vendredi saint et la célébration de Pâques, les pétales sur le point de se détacher ont des danses figées, des tourbillons immobiles de pourpre, d'or mat, de grenat. A cet égard, l'agonie des iris, et notamment de l'iris germanica, offre la plus extravagante, la plus riche, la plus folle des palettes".

Rachel Levy

La tentatrice : Dominique, dont le billet est parfait, émaillé de photos des jardins visités.

Didier Decoin - Je vois des jardins partout - 230 pages
JC Lattès - 2012