Une journée avec Monsieur Jules"Depuis des années, Alice et Jules ont leur petit rituel : chaque matin, tandis qu'elle paresse au lit, c'est lui qui prépare le café, avant de dresser, au salon, la table du petit-déjeuner. Puis, à dix heures pile, le fils de la voisine, David, a l'habitude de partager une partie d'échecs avec celui qu'il appelle "Monsieur Jules". Mais ce jour-là, lorsque Alice rejoint son époux au salon, elle le retrouve tranquillement assis sur le canapé, toujours vêtu de son pyjama, l'air serein mais le regard étonné. Mort." 4e de couverture.

Voilà. C'est tout. Mais c'est une petite merveille. Alice ne veut prévenir personne, ni son fils, ni les pompiers, elle veut rester une journée tranquille avec Jules, s'imprégner de sa présence, prendre le temps de lui faire ses adieux. Elle ne veut pas le laisser partir non plus sans lui faire un aveu. C'est qu'il y a eu des hauts et des bas dans leur vie.

Nous allons donc accompagner Alice dans cette journée particulière, écouter de qu'elle a à dire, et surtout sentir son immense tendresse pour son vieil époux, figé dans le canapé.

"Elle dut ravaler son irritation quand la nuque de Jules resurgit dans son champ de vision. Comment pouvait-elle avoir encore oublié qu'il n'était plus de ce monde ? Lorsqu'elle s'assit à côté de lui, la sensation de sa propre chaleur la chagrina. Elle constata de nouveau combien son profil semblait taillé dans le marbre. La rigole creusée dans sa lèvre supérieure, les replis de son cou, l'entaille effilée qui courait de ses narines aux coins de sa bouche. Sa peau était devenue de pierre. Elle lui caressa la joue d'un doigt prudent, effleura les tâches de vieillesse sur sa tempe. Jules s'était figé en statue, il était désormais une reproduction de lui-même".

Toute la journée elle va s'activer dans la maison, ou s'asseoir à côté de Jules pour le toucher et lui parler, en composant avec la compagnie de David, son jeune voisin un peu spécial, qui va s'adapter à la situation avec naturel. Chaque fois qu'elle saisira le téléphone pour appeler l'extérieur, elle le reposera, se donnant encore un délai.

Moi aussi, je me suis glissée facilement dans cette journée unique, qui évoque toute une vie avec infiniment de délicatesse et de nuances et se termine sur une phrase assez énigmatique.

Un dernier extrait :

"Alice était frappée de stupeur. Elle avait laissé toute pensée de David s'écouler avec l'eau du bain. Qu'était-elle supposée dire ? Que çà tombait mal parce que Monsieur Jules était mort sur le canapé ? Béa était une femme énergique, jamais trop mal en point pour une bonne action. Sans hésitation, elle mettrait en branle l'engrenage. L'homme à l'album plein de cercueils apparaîtrait. Dans la demi-heure, Herman et sa femme seraient assis dans sa cuisine, verseraient dans l'évier le dernier petit reste de café de Jules et en referaient pour se remettre de leur frayeur. Ils la consoleraient avant qu'elle ne se soit consolée elle-même. Alice n'en avait pas la force."

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Diane Broeckhoven - Une journée avec Monsieur Jules - 109 pages
Nil Editions - Septembre 2011