Les encombrants

"Je ne dis presque rien, quand ils sont là. Mais je comprends leurs mots, et ce qu'ils veulent dire.
Je les entends, je les entends. Et elle ne répond rien, ma pauvre vieille barge. Elle garde son doux sourire et son oeil innocent, tout plein d'affection et de sollicitude. Elle fait la sourde oreille. Il en faut, pour ne pas la sentir, l'avarice du coeur, chez l'autre, et même quand on aime. Il en faut.
Est-ce qu'elle ne voit rien ? Vraiment rien ?"

Sept petites nouvelles sur les encombrants, entendez par là le 3e âge, voire le 4e, les vieux quoi !

Sept nouvelles épicées-poivrées qui se dégustent avec une certaine délectation. Je me pose d'ailleurs des questions sur mon goût pour la férocité des chutes, est-ce que c'est bien normal Docteur ?

Le regard porté sur les personnes âgées par l'auteur est humain, très humain et tendre, sans être complaisant. C'est surtout l'attitude de la société envers ces "encombrants" qui est visée et rendue avec subtilité.

La nouvelle commence en général tranquillement, jusqu'à la dernière page qui nous renvoie à une réalité plus ou moins sordide. Il y a la mamie que ses petits-enfants gratifient d'une visite intéressée de loin en loin, sous l'oeil furibond d'un drôle de compagnon ; la centenaire célébrée par un député pressé, parti sur un quiproquo savoureux dans un échange surréaliste ; la soignante d'une maison de retraite qui maltraite en douce avec un art consommé. J'ai tout de même une préférence pour la nouvelle qui se termine joliment avec une rose.

Sept petites nouvelles dont vous auriez tort de vous priver. C'est ma deuxième lecture de Marie-Sabine Roger après "la tête en friche", il y en aura d'autres, c'est sûr, j'aime sa manière de regarder les vrais gens.

L'avis de Antigone Clara

Marie-Sabine Roger - Les encombrants - 97 pages
Babel - 2011