barroco tropical"Une femme tombe du ciel et s'écrase sur la route devant Bartolomeu au moment où éclate une tempête tropicale et où sa maîtresse lui annonce qu'elle le quitte. Il décide de percer ce mystère alors que tout change autour de lui, il découvre que la morte, mannequin et ex-miss, avait fréquenté le lit d'hommes politiques et d'entrepreneurs, devenant ainsi gênante pour certains et il comprend qu'il sera la prochaine victime." (4e de couverture).

Nous sommes à Luanda (Angola) en 2020, donc un peu d'anticipation, pourtant le contexte paraît très actuel. Encore un roman dont il n'est pas facile de parler, tellement il est foisonnant et prend des voies variées et bien déjantées. Les deux points forts sont à mes yeux la drôlerie du récit et la galerie de personnages secondaires tous plus extravagants les uns que les autres.

La société décrite, les pouvoirs évoqués, militaires et politiques, la corruption, les traditions ancestrales sanglantes, la folie de certains, tout contribue à donner régulièrement des frissons dans le dos. La quête de vérité de Bartolomeu l'entraîne dans des endroits hautement improbables, il va cotoyer des abîmes, voir un étrange ange noir, recherché par plusieurs personnes, se retrouver dans des lieux glauques et dangereux.

Les deux personnages féminins sont particulièrement beaux, Nubia, l'ex-Miss tombée du ciel et surtout Kianda, la maîtresse, sur qui une grande partie du récit repose. Derrière l'humour de l'auteur, transparaît une profondeur et une analyse fine d'une société qu'il connaît sans doute intimement. L'histoire peut paraître embrouillée, mais au final on s'y retrouve très bien. Et puis, l'auteur pousse la sollicitude jusqu'à nous renvoyer à un chapitre précédent si nous avons un peu perdu le fil .. Ses interventions intempestives au coeur de l'histoire redonnent de la légèreté à des scènes assez tragiques.

"J'écris pour illuminer les couloirs de mon âme. (Bartolomeu me crucifierait à cause de cette phrase. Je le vois déjà en train de rire. Quand je suis avec lui, j'ai même peur de parler. Je me surveille constamment pour ne pas sortir de banalités, pour ne pas faire de phrases ampoulées). Qu'il aille donc au diable !  Je suis comme je suis. Cela dit, c'est vrai : je suis consciente de la lumière qui dort dans certains mots, de la nuit qui se cache dans d'autres. Il y a des métaphores qui explosent comme des grenades, des strophes capables de déclencher des éclairs sous nos yeux."

L'écriture est aussi chatoyante que le récit, l'histoire m'a emmenée dans des contrées peu connues (de moi), bref encore une bonne surprise de la rentrée.

Merci à Babelio et aux Editions Metailié

Yv a aimé

José Eduardo Agualusa - Barroco tropical - 274 pages
Editions Métailié - Septembre 2011